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Branle-bas de combat général dans le petit monde des super puissances du Cloud. Coup sur coup, le français OVH et l’américain Microsoft viennent d’annoncer la création de plusieurs data centers et la mobilisation de capitaux énormes pour renforcer leur position.

Besoin de toujours plus d’espaces

Les autres rois du marché ne sont pas en reste : Amazon ou bien encore Facebook se déploient rapidement avec la création d’espaces de stockages toujours plus gigantesques.

Pendant l’été, OVH annonçait avoir levé 250 millions d’euros auprès des fonds américains KKR et Towerbrook. Une première pour l’ETI roubaisienne, créée en 1999, qui jusque-là n’avait compté que sur ses propres forces et sur son endettement pour assurer son développement. Mais, à l’heure où le gigantisme semble être la seule voie de survie possible, l’entreprise française se devait de rallier des supporters, même si la famille Klaba conserve une participation majoritaire.

En effet, son plan de déploiement est ambitieux : quelques douze nouveaux data centers devraient être bâtis à court terme qui viendront compléter les dix-sept actuellement en activité.

Dans les cinq ans, l’entreprise, qui annonçait pour l’exercice 2015/16 un chiffre d’affaires de 320 millions, devrait donc investir plus d’un milliard et demi d’euros pour assurer son développement international. Car la France ne suffit plus. OVH fait donc le choix de renforcer sa présence outre Atlantique et son unique data center canadien. A terme, un center sur la côte est, en Virginie, et un autre sur la côte ouest, devraient assurer la présence française en Amérique.

Les lois européennes bouleversent la donne

Mais, si les États-Unis constituent toujours le plus gros marché mondial avec 70% de la demande, l’Europe est devenue un enjeu primordial pour les entreprises du Cloud.

Ainsi, Microsoft a annoncé sa volonté d’implanter plusieurs data centers en 2017 en France. Annoncé début octobre à Dublin, cette nouvelle stratégie devrait mobiliser 3 milliards de dollars, soit un doublement des budgets précédemment alloués.

Après l’Irlande et les Pays-Bas, qui accueillent d’ores et déjà des centers Microsoft, trois sites ont déjà été inaugurés au Royaume-Uni et deux en Allemagne. A terme, l’Autriche et la Finlande devraient aussi être concernées.

À part Google, qui n’a à ce stade, aucun projet en France, Amazon et IBM ont également fait le choix d’un développement en France et en Europe.

Derrière ce déploiement massif sur le vieux continent se cachent les retombées d’une évolution législative européenne visant à assurer le stockage des données européennes sur son sol même.

En effet, le règlement général sur la protection des données personnelles de 1995, modernisé en avril dernier, fixe désormais un cadre juridique strict : les transferts de données personnelles hors des frontières de l’Union européenne doivent faire l’objet d’une autorisation de la part des autorités.

De plus, le Privacy Shield voté par l’UE en juillet encadre désormais étroitement le transfert de données personnelles de citoyens européens détenues par des entreprises américaines présentes sur le Vieux Continent.

Cependant, techniquement, rien n’empêche les gardiens de nos données de dupliquer les datas dans des centers délocalisés. Seule la loi est censée les en empêcher.

A ce titre, la CNIL, par exemple, comme l’illustre la récente affaire CDiscount et les sanctions imposées au site marchand pour son usage abusif des données clients, devient un acteur majeur de la régulation du Net. Dans ce sens, le déploiement par les géants du cloud d’infrastructures en Europe illustre une évolution inattendue : la reprise en main des Etats et de la loi sur le cyberespace. Une évolution qui il y a peu paraissait encore illusoire.

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