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Une à une les limites à l’efficacité des nouveaux systèmes d’intelligence artificielle sont repoussées, à un rythme encore insoupçonnable il y a quelques années.

Depuis vingt ans, les machines peuvent écraser les meilleurs joueurs d’échec, mais cette semaines, pour la première fois, une machine à battu un professionnel du jeu de go, dont la complexité avait jusqu’alors garanti la domination des humains.

Si l’on a longtemps pensé que les ordinateurs surpasseraient les cerveaux uniquement par leur puissance de calcul, les cantonnant aux applications issues des « sciences dures », cette idée elle aussi devient obsolète. Depuis quelques temps déjà, les machines sont capables d’assimiler la grammaire, le vocabulaire et même de s’exprimer à l’écrit. Mais, jusqu’à présent, elles devaient se cantonner à la création de textes informatifs, par exemple des résultats d’élection, où dominent les faits et les chiffres. Loin de la création littéraire. L’imagination semblait par définition inaccessible aux machines. Si elle n’est pas encore franchie, cette frontière semble désormais accessible.

Cela ressemble à une blague, mais ce n’en est pas une : Andy Herd, un programmeur américain, annonçait récemment avoir conçu un algorithme capable de générer à la demande les scripts d’épisodes inédits de Friends, la célèbre série télé. Basée sur le logiciel d’intelligence artificielle Google TensorFlow, la machine est sensée être capable d’analyser les épisodes précédents et d’en proposer de nouveaux. De l’aveu même de son créateur, les résultats sont encore loin d’être parfaits, et restent truffés d’incohérences, mais il est persuadé qu’il parviendra à ses fins.

Valentin Kassarning est plus enthousiaste. Cet autre développeur s’est lui intéressé à la parole politique. A partir d’une base de données de 4000 discours prononcés devant le congrès américain fournis à un algorithme d’apprentissage automatisé, son programme est capable de générer à la demande des textes en intégrant la couleur politique, démocrate ou républicain qu’on lui suggère. En combinant analyse des données, probabilité et connaissance de la syntaxe, la machine est d’ors et déjà capable de générer des discours tout à fait crédibles. Ce qui démontrerait qu’il est plus facile de d’argumenter une idée politique que de faire rire avec les discussions d’une bande de copains.

En effet, à ce jour, la pierre philosophale des spécialistes de l’intelligence synthétique reste l’humour. Malgré des années de recherche effective (une des marottes, notamment de l’Université d’Aberdeen et du MIT), le rire reste encore le propre de l’Homme. L’Intelligence Artificielle est capable d’identifier et de classer des images et de distinguer par exemple une caricature d’un dessin réaliste, mais reste absolument incapable d’être drôle elle-même, ou, à défaut, de reconnaitre ce qui relève de la plaisanterie ou pas. Trop d’obstacles, trop d’ambiguité dans l’humour, variable sociale d’une grande finesse : ce qui est drôle à Paris ne le sera pas nécessairement à Tokyo. Le langage imagé, l’ironie, l’absurde, les références culturelles subtiles restent terra incognita pour les machines. La sensibilité leur reste étrangère. C’est pourtant ce qui les rend invincibles : « en cours de partie, je me suis mis à douter, à être envahi par mes émotions et mes sentiments, pas la machine » déclarait Fan Hui, actuel champion européen du jeu de go, à l’issue de sa défaite contre son adversaire synthétique.

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