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Les attentats du 13 novembre et le vote du 19 novembre favorable à la prolongation de l’état d’urgence ont cruellement placé au premier plan les questions de surveillance numérique. Le texte prévoit en effet, par un amendement, l’intervention contre « les sites web associés au terrorisme. » De plus, depuis février 2015, un décret prévoit, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la pédopornographie que « le ministre de l’Intérieur peut prendre toute mesure pour assurer l’interruption de tout service de communication au public en ligne provoquant à la commission d’actes de terrorisme ou en faisant l’apologie. »

Ce cadre, très large, pose sans doute plus de questions qu’il n’en résout. De fait, en incluant les réseaux sociaux à la surveillance, l’état se voit contraint de s’en remettre aux bons vouloirs des entreprises qui contrôlent ces réseaux. Certaines jouent le jeu de leur propre chef. Ainsi, l’application russe Telegram annonçait le 18 novembre la suspension de près de 80 chaines de discussion liées à Daech. D’autres, comme Twitter, sont moins volontaires, au point de s’attirer les foudres des Anonymous qui ont annoncé récemment le piratage de plus de 5000 comptes affiliés à Daech. Que les géants du média web deviennent ainsi les interlocuteurs des états en matière de sécurité dévoile une nouvelle carte des frontières du cyberespace, dans lequel des empires privés côtoient des états largement désemparés.

C’est un autre paradoxe : les réseaux sociaux représentent aussi une source inégalée pour les services de renseignements. S’ils devenaient moins transparents par crainte de leurs utilisateurs, le flot d’informations ouvertes se tarirait.

Dans cette course au contrôle de l’information, les Britanniques ont opté pour, de fait, une interdiction pure et simple du chiffrement. Cette décision va nécessairement les pousser à affronter frontalement les géants des réseaux sociaux qui s’efforcent depuis deux ans de renforcer la confidentialité des comptes qu’ils hébergent. En effet, après les récents et nombreux scandales de comptes piratés, les réseaux considèrent désormais que la sécurisation des données de leurs membres fait partie de leur business modèle. Et leurs intérêts ne coïncident pas avec ceux des états, qui ne peuvent plus prétendre ne pas pratiquer la surveillance de masse.

Mais, à ce jeu, les organisations terroristes ont bien sûr un coup d’avance. Ils maitrisent déjà largement l’art de passer entre les mailles du filet, avec ingéniosité si il faut. Début novembre, le ministre de l’intérieur belge évoquait par exemple les communications à partir d’une Playstation, apparemment très difficile à espionner…

C’est d’ailleurs un des arguments des détracteurs d’Edward Snowden. En révélant l’étendue industrielle de l’espionnage numérique mis en place par les états, le lanceur d’alerte aurait averti du même coup les terroristes de la fragilité de leurs communications. L’argument est fallacieux : l’espionnage de masse se justifierait par sa révélation. Depuis, beaucoup plus prudents, ils utilisent en effet des solutions de chiffrement qui les rendent insaisissables. Victime de cette escalade de la surveillance et du contrôle ? Sans doute l’internaute lambda. Nous tous.

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