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« De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités » L’heure est peut-être venue pour les géants du Web de faire leur la devise de Spiderman. Jared Cohen, directeur de Google Ideas, a publié il y a quelques semaines un texte intitulé « Comment marginaliser l’état islamique en ligne » sur le site de la revue américaine Foreign Affairs, où il affirme que les maîtres du numérique, entre autres, doivent prendre leur part dans la lutte contre Daesh.

En appelant de ses voeux une telle coalition ouverte aux états, aux entreprises ou encore aux ONG, Jared Cohen rappelle que l’organisation terroriste, de l’avis unanime, mène une politique numérique sans précédent. En diffusant le plus largement possible sa propagande, en recrutant souvent directement en ligne, Daesh serait bien la première mouvance terroriste du web 2.0. Al Qaeda misait sur la discrétion du Web, Daesh l’utilise comme un média planétaire.

Qui mieux qu’un autre média planétaire pour le contrer ? Tout à sa bonne volonté, Jared Cohen va plus loin qu’un simple constat et détaille les axes de riposte qu’il suggère. Selon lui, supprimer des comptes de réseaux sociaux ne suffit pas : les recréer reste toujours possible et cette course est sans fin. En revanche, il prône une « contre-insurrection » à grande échelle.

Elle débuterait par un tri difficile entre les comptes robotisés et ceux réellement tenus par des êtres humains. Une fois identifiés, seuls les comptes de la haute hiérarchie de Daesh devraient être suivis et pourchassés. Ensuite, Cohen fait confiance au pouvoir de la « société numérique au sens large », donc les Internautes notamment, pour traquer et repousser Daesh « dans l’équivalent d’une cave isolée. »

Des « agents infiltrés », s’ils n’existent déjà, devraient ainsi démasquer les terroristes et les mettre publiquement hors d’état de nuire. En rendant le net « dangereux » pour les djihadistes, il espère les contraindre à se rabattre sur le Dark Net, une zone bien plus difficile à contrôler, mais à l’audience confidentielle. Privé de public, Daesh dépérirait.

Bien sûr, Jared Cohen a une piste de travail sérieuse dans sa hotte. Pour contribuer au combat, son entreprise, Google a de quoi mettre la main à la pâte. Par exemple, la compagnie américaine pourrait mettre à profit les outils qu’elle développe déjà, comme le ciblage publicitaire. Ainsi, plutôt qu’identifier les amateurs de pizzas ou de matériel de bricolage, elle pourrait désigner automatiquement les contenus à proscrire, les comptes à surveiller, les sites de « propagande » ennemis à éradiquer.

Cette chasse confiée à l’intelligence artificielle connaîtrait bien sûr quelques ratées. Des innocents se feraient prendre par erreur de temps en temps. Ils seraient sans doute disculpés, après les vérifications adéquates. En somme, dans le combat décrit par Jared Cohen, Google nous surveillerait aussi pour notre bien, pas seulement pour nous vendre des aspirateurs. Et, en choisissant son camp, la liberté contre le terrorisme, Google entamerait un nouveau cycle de son développement. Celui où elle pourra agir directement sur la politique internationale et apporter son concours à titre privé à un effort de guerre.

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