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« Révolutionnaire ! » En 2010, et pour la dernière fois, Steve Jobs prononçait à juste titre son terme fétiche lors de la keynote annonçant la sortie de l’iPad première génération. Rééditant l’exploit de l’iPhone, la pomme lançait alors un produit entièrement nouveau, sans équivalent, et démontrait encore une fois son incroyable capacité d’innovation sous la houlette de son fondateur. Dans une industrie sensée proposer des nouvelles idées en permanence, par contraste, l’iPad démontrait également le relatif immobilisme des concurrents, relégués au rang de suiveurs. Le succès commercial dans les mois qui suivirent fut lui aussi sans précédent. Dans l’enthousiasme, les futurologues de tous poils annonçaient que la « révolution » allait définitivement bouleverser la presse, les jeux, et le paradigme utilisateur.

Cinq ans plus tard, les mêmes soulignent la baisse significative des ventes et des parts de marché de plus en plus disputées. Les plus chafouins parlent même de feu de paille : cette année, selon le cabinet spécialisé IDC, les ventes de tablettes, toutes marques confondues, devraient baisser de 8%, avec tout de même 212 millions d’exemplaires vendus. L’iPad lui-même accuse le coup : ses ventes ont reculé de 18% sur un an au deuxième trimestre. De son côte, Samsung a vendu 12% de tablettes en moins.

Comment expliquer cette désaffection relative pour l’iPad ? L’arrivée des phablettes, appareils mi-tablettes, mi-smartphone et des notebook aurait pillé le réservoir des acheteurs potentiels avec des terminaux plus petits et plus mobiles. De surcroit, les limitations propres aux tablettes dissuaderaient les consommateurs qui souhaitent faire plus que de la simple consultation de contenus. Enfin, et c’est plus surprenant, la qualité même de la tablette d’Apple, saluée largement par les utilisateurs, serait un frein à la progression des ventes : peu de produits connurent un succès aussi rapide, le taux d’équipement est d’ores et déjà très important et la longévité de l’iPad freinerait le renouvellement. Enfin, les nombreuses alternatives à très faibles couts (Amazon s’apprête à lancer une tablette à moins de 50 dollars) rognent le potentiel des acteurs déjà installés.

Le chant du cygne pour les tablettes ? Bien sûr que non. En pensant réinventer le genre avec Surface, produit hybride PC/tablette, Microsoft a raté le coche et n’a pas convaincu. Pourtant, selon certains analystes, ce segment, destiné en priorité aux professionnels, devrait progresser de 80% d’ici la fin 2016.

Et, de son côté, Apple n’a pas renoncé à les convaincre. En annonçant l’arrivée prochaine de l’iPad pro aux dimensions respectables de 33 cm de diagonale, Apple cherche à séduire son public pro traditionnel composé de graphistes, de photographes, d’architectes… Ce n’est plus la portabilité qui est recherchée, mais de nouvelles possibilités d’utilisation. De ce point de vue, l’annonce de la mise sur le marché prochaine d’un stylet Mac « révolutionnaire », en plus de remettre au gout du jour la bonne vieille graphie manuelle, pourrait changer la donne en validant un nouveau type d’utilisation, plus « naturelle », dédié à la création de contenu

Le renouvellement du parc viendra, même progressivement. Quelque que soit leur taille, les tablettes ont déjà remporté la victoire et transformé définitivement notre rapport aux ordinateurs. Le tactile s’est imposé et la révolution a bien eu lieu.

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