SHARE

Nous n’en sommes pas encore à la résurrection des corps. Mais nos esprits, convertis en suites binaires, pourraient bien, dans un avenir très proche, ne plus avoir besoin de chair pour prétendre à l’immortalité.

Une société portugaise, auto.net, vient de lancer un réseau social d’un genre nouveau, ETER9, qui, grâce à un moteur d’intelligence artificielle capable d’analyser la teneur des posts, des commentaires, des interactions des utilisateurs, permet « d’imiter » les pratiques des membres, même en leur absence, temporaire ou définitive.

À partir des comportements stockés et analysés depuis une section du site nommée Cortex, ETER9 est donc capable « d’émuler » la personnalité de ses membres, sans limites de temps. Selon son créateur, Henrique Jorge, «  ETER9» n’est pas seulement un réseau social de plus, il propose un nouveau concept d’immortalité digitale, un élixir de vie éternelle pour ses membres. ETER9 est une forme d’interaction sociale pour la nouvelle génération dans laquelle il est possible d’établir des connexions aussi bien avec des humains qu’avec des « êtres » virtuels. Nous sommes en train de créer une nouvelle réalité où l’impossible peut survenir et où l’immortalité est à portée de main. »

Ainsi, lors de la création de leurs comptes, les utilisateurs peuvent décider du niveau d’activité de leur alter ego issu de l’intelligence artificielle et si cette réplique d’eux-même restera active pour « l’éternité. » Sur le réseau, les utilisateurs peuvent donc interagir entre eux ou avec des doubles numériques qui eux-mêmes peuvent échanger sans réelles actions de la part de leurs créateurs. Des dialogues qui peuvent virtuellement se passer d’humains et où les robots parlent aux robots…

Même si ETER9 semble placer la barre assez haut, le réseau n’est pas le premier à imaginer ce type de services. En 2014, des chercheurs du MIT révélaient un projet visant la création d’un « vous-même virtuel » capable d’interagir de lui-même avec les membres d’une famille, des amis et, éventuellement, des ancêtres après leur mort physique. Pour l’instant, Eterni.me n’est encore qu’en phase Beta et il est difficile de prédire avec quelle précision ce projet sera capable de répliquer la personnalité de ses utilisateurs.

Mais, dès maintenant, le potentiel de ces projets est immense : parmi ses 1,5 milliards d’inscrits, Facebook compterait environ 10% de pages appartenant à des personnes décédées. Ces pages restent actives, et rien n’empêche les autres membres de continuer à liker des posts d’avant la mort. Car pas question pour Facebook de renoncer facilement à des données, mêmes provenant d’utilisateurs passés ad patres. Sans connaissance des logins et des mots de passe, il reste très difficile pour les familles de désactiver les pages, les commentaires, les posts de leurs disparus sur les différents sites qu’ils pratiquaient de leur vivant.

Et, si de tels projets promettent une présence éternelle sur les réseaux, d’autres services apparaissent qui proposent à l’inverse de faire disparaitre pour de bon nos restes numériques des réseaux. D’un genre nouveau, ces agences de e-réputation post-mortem promettent ce que la technologie nous refuse désormais : un véritable oubli numérique, un repos éternel que notre vie numérique n’offre déjà plus.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here