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Après un article consacré aux entrepreneurs aventuriers qui se sont lancés dans la conquête de l’espace, nous abordons cette fois la démocratisation de l’industrie spatiale avec l’apparition de start-ups qui rivalisent de créativité pour entrer dans le domaine. Profitant des places de marchés comme eBay, des technologies comme l’impression 3D, ces jeunes sociétés rêvent de créer des mini lanceurs spatiaux, ou de tester leur combinaison spatiale en situation réelle.

Si des sociétés lancées par des entrepreneurs aventuriers sont venus bousculer le club des puissances spatiales il y a une dizaine d’années, ces initiatives ont cependant requis d’importants investissements en capitaux. Dans le champ de la conquête spatiale une autre tendance sous-jacente qui contribue à modifier ou à dynamiser ce secteur vient d’individus ou de petites sociétés qui cherchent à s’y faire une place. Si certains projets peuvent prêter à sourire, d’autres en revanche peuvent contribuer à faciliter l’accès à l’espace, ou tout au moins à l’espace proche.

Passer du rêve d’enfant au projet de conquête spatiale

Pour Cameron Smith, un professeur d’anthropologie de l’université de Portland, l’espace est un rêve d’enfant qu’il poursuit à l’âge adulte. Dans un article récent, la revue Wired explique ainsi comment ce passionné qui rêvait autrefois d’être astronaute, se construit une combinaison spatiale en achetant des éléments sur eBay. Le projet pourrait passer pour celui d’un doux-dingue ou rejoindre les rangs des amateurs de Cosplay. Pourtant le projet de Cameron est réellement tourné vers la conquête spatiale. Son objectif est de tester sa combinaison sur la limite Armstrong, ligne imaginaire à 19 kilomètres d’altitude. A cette altitude la pression est si basse, qu’en raison des lois de la thermodynamique, l’eau bout à la température du corps humain. Sans combinaison pressurisée il devient difficile de survivre. Cameron Smith, aidé par d’autres passionnés, a pu effectuer un premier test en hélicoptère à 5000 mètres d’altitude. La prochaine étape est d’atteindre 15000 mètres d’altitude à l’aide d’un ballon.
Lors de son ascension il pourrait croiser quelques unes des fusées créées par des PME ou des équipes universitaires. Si pendant longtemps ce type de projet se limitait généralement à des altitudes modestes, certaines atteignent désormais des altitudes dignes de lanceurs spatiaux commerciaux. Ainsi le 17 mai 2014, la fusée GoFast de Civilial Space eXploration Team, un groupe d’une trentaine d’américains passionnés de conquête spatiale, a atteint l’altitude de 116 km, établissant un record dans l’histoire de l’astromodélisme. L’équipe d’universitaires hollandais du DARE (Delft Aerospace Rocket Engineering) détient pour sa part le record européen d’altitude avec 12,85 km. Etabli en 2009 avec la fusée Stratos I. Une nouvelle fusée expérimentale, la Stratos II, a depuis été conçue avec pour objectif l’altitude de 50 kilomètres. Un premier essai en 2014 près de Séville a échoué sans décourager pour autant ces jeunes ingénieurs qui espèrent être couronnés de succès lors de la prochaine campagne de lancement en octobre 2015. L’équipe prévoit ensuite d’atteindre l’altitude de 100 kilomètres, limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace proprement dit.

Une démocratisation poussée par les innovations technologiques

Pour les amateurs passionnés par la conquête spatiale, ces dernières années ont amené différentes innovations qui ont libéré leur créativité et leur ingéniosité. Les places de marché comme eBay permettent par exemple d’acheter des pièces détachées et autres matériels nécessaires à leurs projets. C’est le cas de Cameron Smith, dont le projet a été évoqué précédemment. C’est sur eBay qu’il a trouvé un vieux casque de pilote de jet de l’armée de l’air soviétique, composant essentiel pour sa combinaison spatiale. L’électronique est un autre domaine qui a permis de diminuer les coûts, et donc de rendre plus accessible la conquête spatiale. La baisse du prix des composants et particulièrement des micro-processeurs, des systèmes GPS embarqués ou des technologies GSM facilitent l’utilisation de systèmes de pilotage et de télémesure embarqués à bord des projets développés par ces passionnés. Plus récemment, l’apparition des nano-ordinateurs tels le Raspberry Pi, ou le système Arduino, représente une étape supplémentaire dans cette direction. Enfin autre élément qui permet à certains de rêver des étoiles : l’impression 3D. Le sujet a déjà été évoqué ici, cette technologie dite de fabrication additive permet de simplifier la réalisation de prototype mais aussi de créer des pièces en petites séries pour un coût modeste. Et les nouvelles machines développées offre la possibilité de travailler sur des matériaux tels que le titane. Et les innovations en la matière n’en sont qu’à leur début. Dans les années à venir, de nouvelles applications d’impression 3D étendront le champ des possibles tandis que la baisse des prix des équipements facilitera l’utilisation de ces technologies.

Le domaine du lancement commercial bientôt accessible ?

Du coup de nombreuses start-up de la conquête spatiale ont vu le jour ces dernières années. C’est le cas de l’organisation israélienne SpaceIL, créée à l’initiative de trois ingénieurs qui se sont rencontrés par le biais de Facebook. Ensemble ils ont décidé de participer au Google Lunar XPrize, une compétition qui vise à récompenser une équipe qui réussira à poser un robot sur la Lune avant fin décembre 2017, à lui faire parcourir au moins 500 mètres à la surface de ce satellite. En outre le robot devra transmettre vers la Terre des données et vidéos de son périple lunaire. Sur les 36 équipes initialement en course, seules 18 poursuivent la compétition. SpaceIL en fait partie. Mais au delà du prix, l’un des promoteurs du projet, Yariv Bash, expliquait au magazine Wired que l’objectif était d’inspirer des ingénieurs et scientifiques israéliens et de les inciter à se lancer dans des projets spatiaux. C’est également l’approche d’un autre participant à ce concours, l’indien Team Indus. Leur projet de robot lunaire HHK a gagné un prix d’étape du Google Lunar XPrize pour avoir démontré les capacités d’atterrissage de son module lunaire. Ce dernier devrait être mis en oeuvre par le biais du lanceur spatial de l’agence indienne, ISRO. Cette dernière a démontré son savoir-faire en plaçant en orbite autour de Mars le satellite Mangalyaan en septembre dernier. Une performance d’autant plus impressionnante que les Indiens l’ont réussi dès leur premier essai et pour un coût 10 fois inférieur au projet américain MAVEN.

Car les différents exemples présentés dans ces deux articles démontrent que les coûts sont en diminution tant pour le lancement spatial que pour la réalisation de modules spatiaux ou de satellites. Et si des projets tels que celui du DARE franchissent prochainement l’altitude des 100 kilomètres, on peut envisager qu’ils puissent mettre en orbite des nano-satellites développés par des associations, des équipes universitaires ou des sociétés commerciales. Ce sera le véritable signal de la démocratisation de la conquête spatiale.

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