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Il y a encore quelques décennies s’engager dans la conquête spatiale relevait d’une politique de puissance à laquelle ne pouvait prétendre qu’un petit nombre de nations. Les Etats-Unis et l’U.R.S.S. se sont les premiers affrontés dans ce domaine, sur fond de guerre froide. La France sous le Général de Gaulle a brièvement joué sa partie avant de placer ce projet dans le cadre de l’Union européenne, ce qui permis le succès du programme Ariane. La Chine et l’Inde se sont ensuite jointes à cette course pour la conquête spatiale. Mais aujourd’hui apparaissent de nouveaux acteurs qui viennent bousculer l’ordre bien établi des puissances spatiales.

SpaceX, Virgin Galactic, Blue Origin : les aventuriers-entrepreneurs de la conquête spatiale

Depuis le début des années 2000, l’apparition de sociétés privés lancées dans la conquête spatiale contribue à des changements profonds dans le secteur. Créée en 2000 par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, Blue Origin développe un projet ambitieux de vaisseau dédié au vol suborbital, le New Shepard. Capable d’emmener 6 spationautes, ce vaisseau présente la particularité de décoller et atterrir à la vertical, le tout sans intervention humaine. Le dernier test en date, en mode de vol non habité, remonte au 29 avril 2015. Et si le projet n’est pas encore prêt, il a fait de Blue Origin un acteur du domaine des moteurs spatiaux, devenant le fournisseur de United Launch Alliance, la co-entreprise créée par Boeing et Lockheed Martin dans le domaine des lanceurs spatiaux. Autre aventurier de la conquête spatiale, Richard Branson, le milliardaire britannique créateur des magasins Virgin et de la compagnie aérienne Virgin Atlantic. Virgin Galactic, lancée en 2004, prévoit de proposer des vols spatiaux à des touristes de l’espace, mais également de participer à des lancements de satellites depuis ses plateformes. La navette de Virgin Atlantic, le SpaceShip Two, est lancée depuis un avion porteur, le WhiteKnight Two. Déjà retardé alors que les premiers vols commerciaux étaient prévus pour 2013, le programme va certainement souffrir de nouveaux retards après l’accident le 31 octobre 2014 de la navette SpaceShip Two dans lequel un pilote a perdu la vie.
La société SpaceX d’Elon Musk, l’un des fondateurs de Paypal, est certainement l’une des plus prometteuses. Son objectif est certainement moins ambitieux que ceux présentés précédemment. SpaceX cherche en effet pour l’instant à développer des lanceurs spatiaux permettant d’abaisser le coût de mise en orbite. Constituée en 2002, SpaceX a ainsi pu disposer d’un premier lanceur léger, Falcon 1, en 2006. Et après 4 tests ponctués par des échecs, un premier satellite commercial a été mis sur orbite par Falcon 1 en 2009. Dans l’intervalle la société d’Elon Musk avait déjà mis en développement un projet de lanceur moyen, Falcon 9, destiné à emporter le Dragon, un cargo spatial également développé par SpaceX. Le premier vol de Falcon 9 le 4 juin 2010 a suffi à convaincre l’agence spatiale américaine, la NASA, de confier un contrat de ravitaillement de la station spatiale ISS à la société d’Elon Musk. Le SpaceX Dragon a d’ores et déjà assuré des liaisons entre la Terre et la station. Devant ce succès une nouvelle version de Dragon est en développement afin de permettre d’amener ou de ramener des équipages de la station spatiale.
Mais Elon Musk ne s’arrête pas là. Sa société travaille sur des concepts de fusées réutilisables (en assurant le posé sur Terre du premier et du second étage  après le lancement) afin de continuer à diminuer les coûts de mise en orbite. SpaceX développe également des projets de lanceurs lourds : Falcon Heavy, Mars Colonial Transporter. Ce dernier est destiné, comme son nom l’indique, à l’envoi de missions habitées sur Mars. Il devrait faire partie d’un ensemble plus vaste de projet de conquête spatiale qu’Elon Musk a promis de dévoiler d’ici à la fin de l’année 2015.

Des opérateurs historiques bousculés

L’apparition de ces nouveaux acteurs a conduit à une modification rapide du paysage concurrentiel dans le domaine des lanceurs spatiaux et de la conquête spatiale. Alors que la NASA avait délaissé les lanceurs spatiaux dans les années 80, au profit de son programme de navettes spatiales, Arianespace avait été le principal bénéficiaire de ce retrait américain. Ses différents lanceurs régneront en situation de quasi-monopole dans les années 90. Il faudra l’explosion de la navette américaine Columbia en 2003 pour que les Etats-Unis abandonnent leur programme de navette et recentrent leurs projets de conquête spatiale sur la station spatiale et le marché des lanceurs. Néanmoins, conscients de leur retard, les américains ne vont pas hésiter à s’appuyer sur des acteurs privés tels que SpaceX et ULA. Et alors que SpaceX facture un lancement 60 millions de dollars aux opérateurs privés, le contrat dont elle dispose avec la NASA lui permet de facturer ce même lancement 120 millions de dollars lorsqu’il est à son profit. Une manière de subventionner, de manière détournée, un acteur américain qui met Arianespace sous pression. Car côté européen, un lancement d’Ariane 5 coûte près de 150 millions de dollars. Et si en 2009 les lanceurs Ariane détenaient 60 % des lancements de satellites commerciaux, l’arrivée des lanceurs Falcon l’année suivante a conduit à une érosion de cette part de marché. Du coup en 2014, sur 18 lancements de satellites commerciaux géostationnaires, SpaceX en a lancé 9, faisant ainsi jeu égal avec Arianespace. Pour expliquer cet avantage en terme de coût, plusieurs éléments sont à prendre en compte. Tout d’abord dans la manière de concevoir le projet SpaceX, Elon Musk a appliqué une approche « low-cost » cherchant à limiter toutes dépenses superflues. Et, alors qu’Arianespace doit composer avec 550 fournisseurs répartis dans 12 pays européens qui ont chacun une part de la fabrication d’Ariane, SpaceX concentre toute la fabrication sur un seul site en Californie.

Arianespace sous pression !

Face à la montée en puissance rapide de ce concurrent, Arianespace devait réagir pour rester dans la course. Sa réponse : Ariane 6, un lanceur qui devrait permettre d’abaisser les coûts de lancement à 90 millions de dollars. Mais ce lanceur ne devrait être prêt à effectuer ses premiers vols commerciaux qu’en 2021. SpaceX de son côté annonce vouloir effectuer le premier test de son lanceur lourd, Falcon Heavy, maillon indispensable aux projets de conquête spatiale d’Elon Musk, d’ici à la fin de l’année 2015. Chez un autre concurrent, étatique cette fois, la Chine, la nouvelle famille de lanceurs, Longue Marche 5, devrait être testée en 2016. D’ici à l’arrivée d’Ariane 6, le paysage concurrentiel pourrait avoir été profondément modifié. Pour permettre à Arianespace de faire face à ces enjeux le gouvernement français a annoncé au début du mois que la part détenue par l’Etat, par le biais du CNES, dans la société, allait être cédée à 2 opérateurs privés : Airbus et Safran. En plus de cette réorganisation Arianespace peut espérer mettre la main sur le contrat OneWeb qui vise à mettre en orbite 900 satellites. Airbus vient de remporter le marché de construction de ces satellites. Et pour les placer sur orbite SpaceX pourrait s’être disqualifié en s’engageant dans le projet concurrent de OneWeb, développé par Google. En tout état de cause, la remise en cause des positions provoquée par l’arrivée de sociétés telles que SpaceX oblige les acteurs de la conquête spatiale à innover pour rester dans la course. Et l’abaissement des coûts ne peut que permettre de relancer des programmes plus ambitieux d’exploration de l’espace.

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