SHARE

La France veut retrouver sa place dans la course à l’innovation. C’est l’objectif de la démarche «Innovation 2030» dont les 16 lauréats ont été reçus le 29 avril dernier par le Président français, François Hollande. Mais si la France dispose d’un tissu de start-up innovantes, elle a en revanche du mal à faire émerger des géants de l’innovation.

Innovation 2030, une ambition française

Face aux défis posés par la globalisation de l’économie, l’innovation apparaît bien souvent comme l’une des solutions pour échapper à une concurrence toujours plus intense. Pour tenter de résoudre le problème de panne de croissance de l’économie française et permettre à la France de rester dans la course, le gouvernement a lancé l’initiative Innovation 2030 en avril 2013, pilotée par une commission présidée par l’ancienne dirigeante d’Areva, Anne Lauvergeon. La première étape a consisté en la remise le 11 octobre 2013 d’un rapport identifiant des secteurs clés en matière d’innovation. Sept domaines ont été ciblés :
  1. le stockage de l’énergie
  2. le recyclage des métaux
  3. la valorisation des richesses marines
  4. les protéines végétales et la chimie du végétal
  5. la médecine personnalisée
  6. la « silver » économie (ou l’innovation au service de la longévité)
  7. le Big Data
Dans ces différents secteurs les sociétés, françaises ou étrangères, disposant d’innovations réelles qu’elles souhaitent développer en France, pourront participer à des concours ou répondre à des appels à projets. Les sociétés sélectionnées dans le cadre d’Innovation 2030 bénéficient de financements pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros. Tout cela se déroule en 3 phases. Une première étape a permis de sélectionner 110 projets en 2014. Chacun d’eux a reçu un concours financier qui pouvait atteindre jusqu’à 200.000 euros. Plus récemment le comité Innovation 2030 a choisi 16 projets parmi les 110 soutenus dans la première étape. Reçus au Palais de l’Elysée par François Hollande le 29 avril dernier, ces lauréats vont recevoir jusqu’à 2 millions d’euros de financement pour soutenir leur développement. Une troisième étape s’ouvre désormais dans le projet Innovation 2030 qui va aboutir à la sélection de 10 sociétés pour lesquelles le comité estime qu’elles ont le potentiel pour devenir des leaders mondiaux dans leur domaine. Pour accélérer leur développement elles auront droit à des subventions et des avances de trésorerie assurées par la Banque Publique d’Investissement pour un montant pouvant atteindre 20 millions d’euros.

Une réponse au besoin d’innovation ?

Le premier point positif avec Innovation 2030 c’est que ce dispositif est destiné à s’inscrire dans la durée, puisqu’une nouvelle sélection devrait s’ouvrir d’ici à la fin de l’année. Et François Hollande annonçait le 29 avril, lors de la réception des 16 lauréats, que le concours pourrait se tenir de manière régulière jusqu’en 2030. Durant cette période il n’est pas exclu que le projet évolue, notamment en incluant de nouveaux champs d’innovation considérés comme stratégiques. Ainsi, la présidente d’Innovation 2030, Anne Lauvergeon, souhaite que la prochaine sélection intègre des innovations dans le domaine de la sécurité.
L’autre point positif avec ce dispositif est qu’il répond à un problème auxquelles sont confrontées de nombreuses jeunes entreprises innovantes, celui de trouver des fonds au démarrage du projet, les fonds dits d’amorçage. C’est en effet la phase la plus risquée pour l’investisseur. Le projet est encore en phase de définition et peut très bien ne pas voir le jour. Par ailleurs, même s’il réussit, il est éloigné de sa commercialisation et donc des perspectives de retour sur investissements pour celui qui apporte des fonds au projet. Un financement par la puissance publique permet de limiter les besoins en fonds privés et est de nature à rassurer les investisseurs privés. Cette question du financement des entreprises innovantes est en fait le fond du problème en France et l’on peut supposer que malheureusement Innovation 2030 ne fera que l’effleurer. Car la France a d’ores et déjà donné naissance à de nombreuses startups qui se sont imposées dans leur domaine. Un exemple récent est celui d’Aldebaran Robotics, la société fondée en 2005 par Bruno Maisonnier. Cette société est rapidement devenue un des leaders mondiaux dans la conception et le développement de robots humanoïdes. C’est l’un de ses premiers produits, le robot NAO, qui intervient dans l’émission de Thierry Ardisson sur Canal+, Salut les Terriens ! En 2012 l’entreprise fait face à un besoin de financement pour assurer sa croissance. Ne trouvant pas d’investisseurs en France, elle se tournera vers le Japon et le groupe SoftBank qui fait alors l’acquisition de 78,5 % du capital d’Aldebaran Robotics. Et en février dernier SoftBank a monté sa participation à 90 %. Le pionnier français des robots humanoïdes est devenu une société japonaise. On pourrait également citer les nombreuses startups créées par des ingénieurs français et qui s’exilent aux Etats-Unis pour trouver des financements. Parmi les derniers en date, la société Docker du français Solomon Hykes, qui a affolé les compteurs au sein de la Silicon Valley en levant 95 millions de dollars de financement, portant sa valorisation à un milliard de dollars près de 2 ans après sa création. Entre temps la startup créée à Montrouge a déménagé pour San Francisco. On pourra toujours opposer à cela le fait que le nombre d’investisseurs aux Etats-Unis est supérieur à ce qu’il est en France, le pays étant comparable en taille à l’Union européenne. On pourra aussi invoquer le fait que le système de retraite par capitalisation permet, par le biais des fonds de pension, d’irriguer l’économie américaine en dollars à investir. Mais au-delà de tout cela il y a aussi certainement une attitude plus favorable vis à vis du risque et de l’innovation, avec des fonds d’investissement entièrement tournés vers des secteurs innovants. C’est là que réside plus sûrement le retard français. Peut-être que le dispositif Innovation 2030 en donnant plus de visibilité à ces projets innovants, permettra de vaincre ces craintes trop souvent exprimées par les grands investisseurs dans notre pays. Car malgré ses défauts, la France est encore une terre où des innovations germent. Il ne reste qu’à leur garantir un terreau favorable pour s’y épanouir.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here