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L’intelligence artificielle est l’une des technologies les plus ambivalentes. Porteuse de progrès incontestables elle terrifie aussi par son objet, rendre plus humain les ordinateurs, robots et autres. Affdex, un logiciel développé par une start-up issue du prestigieux MIT n’échappe pas à la règle. Son objectif : décrypter nos émotions.

Au départ, une intelligence artificielle pour comprendre les autistes

Les recherches en psychologie aux Etats-Unis s’intéressent depuis longtemps à la question des émotions et à la manière dont elles se manifestent physiquement. Ces travaux ont été popularisés par des livres grand public qui proposent de décrypter les émotions d’une personne à partir des expressions de son visage. Partant de ces travaux une start-up, Affectiva, a développé un logiciel utilisant l’intelligence artificielle pour reconnaître une émotion en comparant des expressions faciales à une listes de 46 mouvements qui expriment nos sentiments. A l’origine le projet est parti de l’ambition de 2 chercheurs, Rosalind Picard (qui a maintenant quitté le projet) et Rana El Kaliouby, d’utiliser l’intelligence artificielle pour comprendre les émotions de personnes autistes. Mais devant la complexité du sujet et les difficultés pour décrypter les émotions d’individus chez lesquels la communication même non-verbale est souvent réduite, les deux chercheurs se sont rabattus vers des applications plus commerciales de leur logiciel. En quelques années ils enregistrent près de 11 milliards de points de données correspondant à des mouvements, même anodins, du visage de 2,8 millions de personnes à travers 75 pays dans le monde.

Une intelligence artificielle aux applications variées

Parmi les applications testées avec le logiciel Affdex la possibilité d’adapter la vitesse de déroulement d’un film à vos émotions. Vous vous ennuyez devant une scène qui traîne en longueur, le logiciel le devine et augmente la vitesse de déroulement du film jusqu’à ce que votre visage exprime à nouveau de l’intérêt. Affdex a également été testé durant la campagne présidentielle américaine de 2012 pour suivre les émotions de votants durant le débat. L’analyse de leurs émotions pourrait ainsi permettre de tester leur affinité ou leur rejet d’un candidat, et même d’analyser leurs réactions par rapport aux propositions et déclarations des candidats. On peut aller jusqu’à imaginer des systèmes de caméra dans des points de vente qui analyseraient les réactions de clients face à des produits présentés. Il serait ainsi possible de « forcer » l’achat en envoyant sur le téléphone portable des individus démontrant un intérêt pour un produit des offres promotionnelles sur son achat. Pour favoriser l’émergence d’idées quant à l’utilisation du logiciel, Affectiva à ouvert, depuis quelques jours, une période de test gratuit de 45 jours pour des développeurs.

Une brique de plus pour Big Brother ?

Nul doute que des applications aussi intéressantes qu’utiles surgiront de l’utilisation par des développeurs d’Affdex. Mais on peut aussi craindre l’apparition d’applications intrusives. Le logiciel permet de faire un pas de plus vers une société de transparence, dans laquelle la notion de vie privée n’a plus cours. C’est peut-être un élément qui freinera, au moins dans un premier temps, le déploiement d’Affdex, à l’instar des Google Glasses qui ont été victimes de craintes et rumeurs sur la question de la vie privée. C’est en tout cas une pierre de plus dans le débat sur la question de l’intelligence artificielle. Le problème n’est pas de s’opposer à l’émergence de systèmes toujours plus intelligents, mais de poser des limites. Pour Rana El Kaliouby, la base de données d’Affdex respecte l’anonymat des individus puisqu’elle ne stocke aucune donnée nominative. Mais qu’en sera-t’il des applications qui surgiront demain ? Et comment maintenir cet anonymat si demain les analyses d’Affdex sont agrégées à d’autres systèmes à base d’intelligence artificielle ? Il n’est pas sûr qu’en l’état le projet Affdex rassure l’astrophysicien anglais Stephen Hawking qui avait déclaré en 2014 que « l’intelligence artificielle pourrait mettre fin à l’humanité« .

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