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Produire des aliments à partir de nos déchets. Si cela pourrait apparaître comme la solution miracle à nos problèmes, ce n’est certainement pas très vendeur dans le champ des innovations gastronomiques. C’est pourtant un challenge relevé par Katharina Unger, une jeune professionnelle du design.

Une designer engagée

Intéressée par les tensions qui commencent à apparaître sur la production alimentaire, Katharina Unger essaie de proposer des solutions. Partant du principe qu’avec 10 kg de matière végétale on ne produit qu’un kilogramme de viande de boeuf contre 9 kg d’insectes riches en protéines, elle avait créé un prototype, le Farm 432, permettant d’élever ses propres insectes à manger, chez soi. Elle est partie d’une démarche similaire pour réfléchir à un moyen de valoriser, et de rendre comestible, les sacs plastiques usagés. Elle a ainsi imaginé un meuble, le Fungi Mutarium, tout en courbes et transparence, qui pourrait équiper nos maisons.

Une innovation de pointe

Pour développer son projet, Katharina Unger a travaillé avec l’Université d’Utrecht qui l’a aidé dans la sélection des souches de champignons qui seront utilisés dans le process de digestion des plastiques. Deux espèces ont été retenues : la schizophyllum commune et le pleurote en forme d’huitres. Le fonctionnement de cette usine miniature à rendre comestible le plastique se déroule en plusieurs étapes :

  1. les bandes de plastique sont stérilisées dans une « cuve » contenant des lampes à rayons X
  2. ces bandes, une fois stérilisées, sont placées dans des sphères creuses à base d’agar-agar, qui contiennent les éléments nécessaires au développement des champignons.
  3. un prélèvement est effectué dans une culture de mycelium (les filaments de champignons) intégrées dans le meuble. La solution est injectée dans les sphères contenant le plastique.
  4. Placées dans un espace maintenant une température de 25°C, les myceliums se développent en puisant les éléments nutritifs dans la sphère et en dégradant le plastique.
  5. Au bout de plusieurs jours, le plastique a été digéré et la sphère peut être mangée ou cuisinée.

Une réponse aux problèmes de demain

Bien sûr, à la lecture de cet article, il est peu probable que vous soyez nombreux à vous précipiter pour commander votre Fungi Mutarium. L’idée de manger des déchets, même si entre temps ils ont été digérés par des champignons, n’est certainement pas un rêve gastronomique. Mais entre la croissance démographique de la planète, les tensions que cela créé sur la production agro-alimentaire, et le poids croissant des déchets que nous produisons, il faut se faire à l’idée que demain, une partie de nos aliments seront différents : protéines obtenues en mangeant des insectes ou de la viande de synthèse, fruits et légumes cultivés en intérieur par des techniques d’hydroponie, lait produit à partir de levures modifiées génétiquement, et déchets rendus comestibles. Et nos grands chefs vont devoir faire preuve d’innovation pour proposer des recettes faisant honneur à la gastronomie française à partir de tout cela. En attendant Katharina Unger fait partie de ces pionniers qui imaginent des solutions aux problèmes d’alimentation des décennies à venir.

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