SHARE

Enfin, les écoliers français allaient rentrer de plain-pied dans l’avenir, qu’on imaginait déjà numérique. C’était en 1985, et le premier ministre de l’époque, Laurent Fabius était convaincu que le « plan informatique pour tous » allait propulser les jeunes générations dans une nouvelle ère.

Plus de 120 000 ordinateurs allaient être installés dans 50 000 établissements scolaires, avec l’ambition affichée de donner aux élèves les clés de la croissance de demain. Las !

Malgré les recommandations de Jean-Jacques Servan-Schreiber, initiateur du projet et favorable au déploiement de Macintosh spécialement modifiés pour l’occasion dont la production aurait été délocalisée en France, avec transfert complet de technologie, l’État opta pour Thomson, entreprise nationalisée et chancelante.

La suite est connue : malgré de réelles avancées technologiques comme la mise en réseau des postes, le MO5 et son « crayon optique » ne tinrent pas longtemps la dragée haute à la souris d’Apple. Un gigantesque flop et un parc informatique étiqueté éducation nationale destiné à la poussière et à l’inactivité en un temps record…

Depuis, même si le volontarisme étatique est moins tapageur, la question numérique n’a pas quitté les déclarations d’intention.

Le programme de maternelle, qui datait de 2008, vient d’être complètement refondu et sa nouvelle version donne la part belle au numérique. Publié au journal officiel à la mi-mars, il consacre une section consacrée aux « outils numériques. » Désormais, les tout petits devront savoir « utiliser » ordinateurs, tablettes et appareils photo numériques avant de rentrer en CP. Sous le contrôle de l’enseignant, les enfants réaliseront des « recherches ciblées sur Internet. » L’initiation devra également insister sur « l’idée d’un monde en réseau qui peut permettre de parler à d’autres personnes parfois très éloignées ».

Le codage à l’école toujours pas au programme

En revanche, comme le déplorent de nombreux spécialistes, l’initiation au code ne trouve pas sa place dans les nouveaux dispositifs. D’autres pays ont fait un choix différent. Dès la rentrée prochaine, à cinq ans, les jeunes Anglais devront pour leur part être initiés au code informatique. Ils se perfectionneront au fil de leur scolarité afin d’atteindre à quatorze ans un niveau suffisant pour comprendre et appliquer les principes fondamentaux de la science informatique, dont la notion d’algorithme et la maitrise d’au moins un langage de programmation.

Cependant, selon les déclarations du ministère de l’Éducation nationale, les programmes de collège, non encore publiés, pourraient changer la donne en renforçant le travail informatique et favoriser pour les primaires l’initiation lors des activités périscolaires.

Pourtant, à ce stade, rien ne semble prendre en compte ce qui avait déjà constitué un écueil pour le plan Fabius de 1985 : comment les enseignants pourront-ils assurer des cours dans des domaines où eux-mêmes ne sont formés que sur la base de leur bonne volonté ? Sur quelles machines, selon quels choix technologiques s’appuieront les enseignements ? Enfin, dans quelles réflexions théoriques et pédagogiques globales s’inscrivent ces orientations ?

En 2010, à la question « vos enfants aiment-ils l’iPad ? », Steve Jobs répondait laconiquement qu’ils ne l’avaient jamais utilisé. Le fondateur d’Apple préférait pour sa progéniture l’usage de bons vieux livres papier et de très nombreux parents geek de la Silicon Valley inscrivent leurs petits dans des écoles Waldorf qui sont particulièrement rétives à l’utilisation des nouvelles technologies, leur reprochant de perturber la capacité de concentration, la sociabilité et la créativité des enfants.

Par Michel Delapierre

1 COMMENT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here