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Au sein de Tendances.info on a une conviction : nos sociétés industrialisées ont beaucoup à apprendre en matière d’innovation d’expériences menées dans des pays en voie de développement. Cherchant à apporter des solutions à des problèmes que l’on considère souvent comme trop simples, voire triviaux, pour s’y intéresser, des inventeurs et innovateurs dans ces pays arrivent avec des solutions innovantes et à des coûts réduits. Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes le cas du Foldscope, certes développé dans une université américaine, mais porté par une équipe de recherche dirigée par un professeur d’origine indienne. C’est toute la force de l’innovation frugale (ou Jugaad innovation), innover avec peu de ressources ce qui conduit à privilégier économie et recyclage en plus d’une grande ingéniosité. Aussi l’on ne peut que saluer, sur un site d’actualités consacré à l’innovation, l’expérience menée au Togo au sein de Woelab, un hybride mêlant fab lab, communauté d’innovateurs et incubateur d’entreprises. Mise à l’honneur dans le dernier numéro d’Enjeux Les Echos, l’équipe du Woelab s’est distinguée en réalisant une imprimante 3D en open source et composée majoritairement de matériaux de récupération. Baptisée W.Afate, du nom de l’un de ses concepteurs, elle est basée sur une Prusa Mendel, l’imprimante 3D développée par l’université de Bath. Le projet a été distingué en juillet 2014 lors de la 10ème conférence internationale des fab labs à Barcelone. W.Afate y a remporté le premier prix de l’innovation technologique.
Mais même si ce projet est devenu emblématique de Woelab, il serait dommage de réduire l’initiative à cette seule dimension. Car l’immeuble occupé par les membres du Woelab à Lomé est une ruche où s’échangent des idées, se partagent des projets. Comme par exemple le projet Agromobil, un système d’étagères automatisable et transportable, adapté à des cultures de type hydroponique. Ou le projet Autorain, un système d’irrigation programmé à l’aide d’une carte Arduino, qui permet l’arrosage de plantes cultivées en zone urbaine. Derrière ces deux projets se profile la réponse à un des défis posés par l’urbanisation galopante des pays africains, la perte des mécanismes de solidarité qui fonctionnent à l’échelle des villages. Dans ces derniers chaque famille dispose d’un lopin de terre pour des cultures vivrières. Les familles assurent ainsi une part de leur alimentation, mais peuvent également aider des proches ou des voisins qui traversent des périodes de difficulté. Dans les grands ensembles urbains ces solidarités tendent à s’effacer face à l’anonymat, l’abandon des cultures vivrières par manque de place, de temps … C’est l’un des enseignements des émeutes de la faim qui ont secoué l’Afrique en 2008. Si la spéculation sur les prix agricoles a été l’élément principal expliquant ces tensions, dans les villes africaines la perte de la solidarité villageoise a empêché ce mécanisme de jouer son rôle d’amortisseur social. En proposant des systèmes favorisant la culture de plantes en milieu urbain, Woelab apporte des solutions pour recréer ces liens sociaux ou offrir des revenus complémentaires à des familles.
Cette dynamique de projets autour de Woelab a permis à ses promoteurs, et en particulier Sénamé Koffi Agbodjinou fondateur et principal sponsor du Woelab, d’évoluer vers un incubateur de sociétés. Cinq sont actuellement abrités dans les locaux de la communauté. Parmi elles Modela qui réalise des plans numériques pour des projets architecturaux, ou ‘Terres qui propose des solutions pour développer des projets agricoles en milieux urbains. Cette mission assumée par l’équipe du Woelab de développer et diffuser ce que Sénamé Koffi Agbodjinou appelle la « low high-tech »semble avoir trouver un écho au Togo. Suite à une visite de la Ministre des postes et de l’économie numérique en décembre dernier dans les locaux de Woelab, le gouvernement s’est intéressé à la démarche au point d’envisager de demander aux animateurs du projet de réfléchir à une stratégie d’innovation pour le Togo. Au fait « woe » dans la langue local cela signifie « il fait ». Nul doute que l’équipe du Woelab aura l’occasion de faire la preuve de son dynamisme et de son volontarisme au cours des prochains mois.

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