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Satya Nadella. Le nom n’est pas encore dans tous les esprits. Pourtant cet ingénieur d’origine indienne est en train de réveiller un des pionniers de l’informatique, Microsoft. Car la société créée par Bill Gates s’était un peu endormie. Il y a encore une quinzaine d’années tout semblait sourire à la firme de Redmond. Windows, son système d’exploitation, équipait l’immense majorité des ordinateurs. Office régnait sans partage dans l’univers de la bureautique. En 2002 par exemple son chiffre d’affaires s’élevait à 28,37 milliards d’euros alors qu’Apple réalisait 5,74 milliards de recettes. Mais tandis que l’an dernier la firme à la pomme a engrangé 182,8 milliards de dollars de revenus, Microsoft en réalisait moins de la moitié avec 86,83 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Microsoft 2002-2014

Microsoft et le rendez-vous manqué de l’innovation dans le mobile

Derrière cette différence de trajectoire, l’une des explications au retard pris par Microsoft sur Apple tient à l’approche dans le mobile notamment. Avec un taux de pénétration moindre dans l’univers de l’informatique de bureau, Apple n’a eu aucun scrupule à parier sur la fin du tout-PC et l’avènement de l’informatique mobile. Qui plus est, Apple a senti que ces nouveaux outils auraient aussi une fonction « sociale », d’où le choix de réaliser des produits très design, vendus certes chers mais pour lesquels la demande ne faiblit pas grâce à un marketing efficace. Et il faut se rappeler qu’en 2007, lorsqu’Apple lance l’Iphone, Steve Ballmer, alors PDG de Microsoft, déclarait « il n’y a aucune chance que l’Iphone ne gagne de parts de marchés ». Dans cette même interview avec David Lieberman, il estimait que la firme de Steve Jobs réussirait à prendre 2 à 3 % du marché seulement. Dans la même veine, Ballmer n’a pas pris au sérieux l’arrivée d’Android comme langage embarqué. Et Microsoft, par manque de vision, s’est ainsi coupée des innovations majeures qui ont recomposé le marché de l’informatique.
Le chiffre d’affaires a certes continué à croître, mais Microsoft a cessé d’être considérée avec respect pour sa capacité à innover. Dans un article récent, le magazine Wired rapporte même le propos peu flatteur de Peter Thiel, cofondateur de Paypal, qui considérait en octobre dernier que Microsoft était « un pari contre l’innovation technologique … ». La situation pourrait changer grâce au successeur de Ballmer, Satya Nadella. Depuis son arrivée, au début de l’année 2014, ce discret ingénieur a réalisé quelques acquisitions significatives. Tout d’abord Microsoft a racheté Mojang, la société éditrice du jeu Minecraft. Plus récemment il a réalisé le rachat de Sunrise et sa solution de calendrier intelligent, après avoir réalisé celle de l’application de courrier électronique Acompli qui est devenue Microsoft Outlook sur les plateformes iOS et Android.

La réalité augmentée, nouveau terrain de l’innovation made in Microsoft

Ces opérations de croissance externe, et particulièrement les deux citées en dernier, visent à rattraper le retard de Microsoft dans le mobile. Conçus et améliorés à une époque où la question des ressources machines n’était pas aussi stratégique qu’aujourd’hui, les logiciels de la firme de Redmond sont souvent gourmands en CPU et trop lourds pour être performants sur les plateformes mobiles. Plutôt que de miser sur une refonte de ces logiciels, Satya Nadella envoie un signal fort avec les opérations Sunrise et Acompli : il est prêt à passer à la trappe des produits maison pour rattraper le retard pris. Mais cela n’est pas le signe d’un retour de Microsoft sur le devant de la scène de l’innovation. Pour cela il faut peut être se tourner vers un projet que la société a accepté de dévoiler récemment à une journaliste du magazine Wired : le projet HoloLens. Ces lunettes hi-tech promettent une plongée dans la réalité augmentée. Le projet peut paraître audacieux alors que Google a annoncé récemment l’abandon de ses Google Glasses, et qu’Occulus annonce la commercialisation de son Oculus Rift pour la fin de l’année. De nombreuses critiques avaient cours sur le projet de Microsoft : pertinence du produit, résolution des images générées, poids du système … L’expérience vécue par la journaliste de Wired, Jessi Hempel, apporte cependant quelques réponses. Si le système est certainement perfectible, les applications qu’elle a testées montrent l’étendue du champ des possibles avec les HoloLens : exploration virtuelle de Mars, sculpture virtuelle d’un objet ensuite imprimé sur une imprimante 3D, jeu faisant intervenir un personnage virtuel dans l’environnement réel du joueur … Le projet semble assez proche de Magic Leap, un autre produit en développement dont nous avions parlé dans Tendances.info. Evidemment rien n’indique que le succès soit au rendez-vous. Même si Microsoft annonce une commercialisation pour la fin de l’année, des difficultés restent à gérer (autonomie, poids, …). Mais ce qui est intéressant c’est la place occupée par HoloLens dans la stratégie que dévoile peu à peu Satya Nadella. Pour lui et sans aucun doute, HoloLens est l’archétype de la prochaine interface informatique. Un système qui permet de transformer radicalement l’expérience de l’utilisateur. Imaginez vous, équipé des HoloLens, en train de préparer des tableaux sous Excel en manipulant avec vos mains des graphiques virtuels, en traçant dans l’air les chiffres à ajouter à vos colonnes …. Seul l’avenir indiquera si Satya Nadella, non seulement a vu juste (et l’on peut certes parier que l’émergence de systèmes misant sur la réalité augmentée fera le succès des innovations technologiques de demain) mais aussi a réussi à superviser la livraison d’un produit technologiquement abouti et surtout a maitrisé le marketing d’HoloLens. Car il faudra, à l’instar de ce que fait presque à la perfection Apple, réussir à faire monter rapidement une demande au sein du public, et à fédérer une communauté de développeurs pour enrichir l’univers HoloLens d’applications de qualité. Mais en tout cas, ce qui est certain pour l’instant, c’est que sous des apparences discrètes, Satya Nadella est prêt à prendre des risques pour réveiller la belle endormie que Microsoft était devenu. Et cela pour le dynamisme du secteur informatique c’est forcément une bonne nouvelle.

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