SHARE

Sur le champ de bataille de l’e-commerce, il arrive que Goliath craigne David avant même son arrivée sur le théâtre des hostilités : Jet.com n’a pas encore fait tournoyer sa fronde que déjà Amazon le redoute. Depuis juillet, Marc Lore, le fondateur de cette start-up, entretient la rumeur sur son Tumblr : jet.com devrait, selon lui, proposer à ses clients « une nouvelle expérience d’achat » et leur « donner le pouvoir comme jamais auparavant. » L’entrepreneur n’en est pas à son coup d’essai : il y a cinq ans, il vendait à Amazon diapers.com (un site discount spécialisé dans les produits pour bébés) pour la bagatelle de 550 millions de dollars. Cette fois, avant même le lancement effectif de son site, il est parvenu à lever plus de 100 millions de dollars auprès de mastodontes tels que Bain Capital, Goldman Sachs et Google Ventures et à embaucher près d’une centaine de collaborateurs pour peupler ses immenses locaux du New Jersey sur une promesse encore largement mystérieuse, mais qui commence à se dévoiler.

Le concept est effectivement novateur : contre un abonnement annuel de 50 dollars, ses clients pourront rejoindre en exclusivité jet.com, un market place qui leur garanti de bénéficier de 10 à 15% de remise sur tous leurs achats en ligne. Peu importe les offres des autres sites – Amazon inclus : jet promet un prix plus bas.

Comment compte-t-il réaliser cette prouesse ? En traquant, grâce à une technologie unique, toutes les micro économies possibles et en les répercutant sur le prix final. Economie sur les frais de port (jet privilégiera des expéditeurs proches de chez vous), économie sur le retour produit (vous avez déjà acheté ce produit auparavant, vous en êtes satisfait, il n’est pas nécessaire de proposer un retour gratuit), économie d’échelle (achats groupés), etc. L’analyse de Marc Lore parait simple : les frais de port, notamment, sont mutualisés sur des sites tels qu’Amazon, ils semblent indolores en se présentant comme gratuits, ils sont pourtant répercutés dans la note finale.

En traquant tous ses « frais cachés », il en est persuadé : son site vous garantira le meilleur prix. Dans un premier temps, Jet s’appuiera sur ses trois premiers entrepôts américains pour proposer de nombreux produits de grande consommation (du papier toilette à la nourriture pour chiens) avant de s’appuyer sur son market place qui connectera les vendeurs locaux aux clients. Toys « r » Us ou Dick’s seraient d’ores et déjà partenaires du projet.

Le pari ne sera pourtant pas simple à remporter, Amazon est réputé pour son agressivité lorsqu’il s’agit de préserver ses parts de marché et sa réputation d’acteur le moins cher du net, quitte à se lancer dans des guerres de prix dévastatrices, avec l’assentiment de ses actionnaires qui acceptent des pertes records si elles se justifient par l’éradication d’un concurrent. Face au succès foudroyant de Diapers, la compagnie aurait à l’époque accepté de perdre 100 millions en trois mois pour contrecarrer le site discount avant de finalement choisir de le racheter.

Le même choix cornélien risque de s’offrir à Amazon : à quel moment court-circuiter la start-up ? Le faire trop tôt en ajustant dès maintenant ses prix risque de couter très cher, le faire plus tard, lorsque Jet sera parvenu à recruter des clients en masse, risque de couter encore beaucoup plus cher.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here