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Si les géants de l’économie numérique s’affrontent sur de nombreux terrains, nos portes-monnaie constituent une zone de conflit où la victoire, pour convoitée qu’elle soit, n’a pas encore choisi son camp : entre Apple et Google, personne n’a encore gagné la bataille de la petite monnaie. A la mi-janvier, Google annonçait l’ouverture de pourparlers avec pour objectif le rachat du logiciel de paiement en ligne Softcard, actuellement contrôlé par les leaders des télécommunications américains (T-Mobile, AT&T, Verizon).

Cette technologie permet aux consommateurs de régler leur achat sans utiliser de carte de paiement et Google, selon le Wall Street Journal, offrirait entre 50 millions et 100 millions de dollars pour l’accaparer, si Paypal, alléché lui aussi, en laisse l’opportunité à la firme de Mountain View. Pourtant, à ce jour, Softcard, qui a déjà couté plusieurs centaines de millions de dollars de développement, est loin d’avoir rencontré un succès indiscutable : l’entreprise a annoncé début janvier le licenciement d’une soixantaine de collaborateurs.

Cet appétit de Google pour une technologie qui peine encore à s’imposer confirme l’échec de son propre système de paiement. En effet, Google Wallet, lancé en mai 2011, n’est pas parvenu à convaincre les commerçants ou à séduire massivement les consommateurs. En tentant une nouvelle voie, Google espère parvenir à contrecarrer Apple et son logiciel de paiement lancé en novembre 2014, Apple Pay, qui permet de régler aux caisses directement depuis un iPhone 6.

Pourtant, la firme de Cupertino a elle aussi de quoi être déçue par le déploiement de son système, qui s’appuie sur la technologie sans contact NFC (Near Field Communication). Même si la firme à la pomme a annoncé qu’environ trois millions de cartes de crédit avaient rejoint son système quelques jours après son lancement, le chiffre reste faible au regard des quelque 600 millions de cartes diverses en circulation aux USA.

Bien sûr, Apple a réussi à convaincre quelques acteurs de poids de proposer à leurs clients l’utilisation d’Apple Pay. Ainsi, Mac Donald, Macy ou Bloomingdale proposent ce service, mais la plupart des grands distributeurs rechignent à investir dans des terminaux dédiés et certains ont même préféré désactiver cette fonctionnalité.

Pire, des enseignes réunies au sein du consortium Merchant Customer Exchange vont proposer en 2015 leur propre alternative, nommée CurrentC et disponible à la fois sur iOS et Android. Le gâteau est en effet bien trop alléchant pour ne pas ouvrir l’appétit des distributeurs qui reversent jusqu’à présent environ 3 % des transactions aux émetteurs de carte de crédit. Plus de 40 milliards d’euros par an échouent ainsi dans les poches de Visa, Mastercard ou American Express.

Et, au-delà de ces commissions dont les commerçants espèrent à terme faire l’économie, les données personnelles générées par les transactions représentent également une valeur que les enseignes ne souhaitent pas voir leur échapper. Le risque pour elles serait notamment que Google, ou Apple, ne profitent de ces datas pour solliciter directement leurs clients et leur proposer des publicités ou des liens vers la concurrence… La lutte pour la suprématie et le contrôle d’un standard suffisamment étendu pour devenir indiscutable risque donc d’être encore longue et sanglante : liquide, piécettes et cartes à codes ont du répit.

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