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On connaît depuis longtemps les effets négatifs du stress sur la santé. On sait aussi qu’il peut exister un bon et mauvais stress. Le bon étant relié à notre instinct de survie, à cet influx inhabituel d’hormones qui nous met en alerte face à un danger potentiel et qui permet d’échapper efficacement à une menace. Ou encore le stress qui permet de se dépasser, qui décuple l’énergie. Mais de manière générale, un stress prolongé, quel qu’il soit, reste un état néfaste pour la santé. Avec plus ou moins d’intensité en fonction des individus, il génère une nervosité qui entraîne des dysfonctionnements psychiques ou physiques, que l’on peut ressentir de différentes manières allant de douleurs corporelles diverses ou de simples problèmes de concentration à la dépression et au suicide. Le stress affecte aussi l’entourage qui subit indirectement ces dysfonctionnements dans le cadre de relations altérées.

Jusqu’à très récemment toutes ces opinions relevaient autant d’études psychologiques sérieuses que d’une sorte de sagesse populaire car un grand nombre d’individus étaient capables de vérifier par eux-mêmes, de manière subjective, les divers dérèglements induits par le stress.

Une étude publiée fin novembre 2014 par l’Université de la Ruhr à Bochum (RUB) en Allemagne vient aujourd’hui confirmer ces avis en s’appuyant sur des données objectives.

L’équipe du Dr. Georg Juckel a ainsi mis en évidence que certaines cellules immunitaires sont activées en raison du stress et provoquent des changements dans le cerveau pouvant entraîner des maladies mentales comme la schizophrénie.

Les cellules microgliales forment ainsi la principale défense immunitaire active du système nerveux central. Elles sont capables d’avaler et digérer des microbes et autres particules étrangères néfastes pour l’organisme. Dans des circonstances normales, les microgliales jouent un rôle primordial dans la régulation, la réparation et la croissance des cellules du cerveau. Toutefois, lorsqu’elles sont activées, elles peuvent aussi endommager les cellules nerveuses en provoquant une réponse inflammatoire.

D’après l’étude du Dr. Juckel, plus les microgliales sont soumises au stress, plus être restent sur un mode destructif pouvant entraîner une réponse inflammatoire élevée qui accroit les risques de maladies mentales comme la schizophrénie. « Nous le voyons très clairement sur des patients souffrant de sclérose en plaques ou d’Alzheimer. Les régions du cerveau affectées par l’inflammation ou la neuro-dégénérescence sont entourées par un cercle de cellules microgliales » explique le Dr. Juckel. Chez les patients atteints de schizophrénie, les cellules microgliales sont présentes en plus grand nombre que chez les patients sains.

Le nombre élevé de microgliales en mode destructif provoquent une détérioration des synapses entre les neurones, ce qui explique aussi pourquoi les patients atteints de schizophrénie présentent des régions de matière grise extrêmement réduites. Bien entendu, cela ne signifie pas pour autant que toutes les personnes soumises au stress développent automatiquement des maladies mentales. Les études embryonnaires montrent ainsi que ces dernières proviennent souvent d’incidents intra-utérins.

L’étude du Dr. Georg Juckel de la RUB est également à mettre en parallèle avec la mise au point en début d’année d’un test sanguin pouvant diagnostiquer la dépression ou des signes avant-coureurs de suicide. Les équipes du Professeur Alexander Niculescu à l’Indiana University School of Medicine ont sondé 75 patients bipolaires et repéré dans leur sang six biomarqueurs qu’ils ont également retrouvés chez des personnes s’étant volontairement donné la mort. Parmi ces indicateurs sanguins, un gène ressort particulièrement chez les patients suicidaires : Sat1. Il se manifeste notamment quand les cellules sont soumises à un degré de stress élevé.

On le savait déjà mais ces études le confirment de manière éloquente, le stress est un état psychique des plus nuisibles. La période de crise économique et sociale actuelle est un terreau particulièrement favorable à son développement. Il suffit pour s’en convaincre de voir le foisonnement  des offres de services de « coachs de vie » et autres spécialistes du développement personnel sur le web; apparemment, la gestion du stress est un business à forte croissance.

Par Michel Delapierre

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