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Dans l’univers décrit par Philip K. Dick dans Blade Runner, ce qui distingue les humains des robots, c’est la capacité à l’empathie. Le personnage principal du roman, Deckard, qui traque six répliquants infiltrés illégalement sur Terre, doit faire passer à ses suspects un test mi-psychologique mi-médical pour s’assurer de leur non-humanité. C’est à l’issue d’un de ces tests que Deckard franchira la ligne rouge : en couchant avec Rachel, issue de la dernière génération Nexus-6, et en développant des sentiments pour elle, il se sent désormais incapable d’éliminer froidement ces robots surhumains. Car, si il nous est difficile de nous assurer que tous les robots nous aimeront toujours, nous ferions mieux, nous humains, de nous habituer à leur présence : ils arrivent massivement.

Fin octobre, une étude du cabinet Roland Berger révélée par le JDD prévoyait que plus de 40% des métiers présentent une « probabilité d’automatisation forte », y compris des fonctions qui requièrent « des tâches intellectuelles. » D’ici 2025, 3 millions d’emplois pourraient être détruits, notamment dans les emplois de service, majoritairement tenus par des représentants de la classe moyenne. Si les gains de productivité engendrés seront « exponentiels », l’arrivée des robots va nécessairement engendrer une vague de questions économiques, sociales et politiques dont nos sociétés vont sortir transformées à jamais.

Déjà, les robots peuvent être fiers de nous avoir supplantés dans de très nombreux domaines. Défense, agriculture, industrie automobile, services, administration ont déjà développé un engouement dévorant pour les robots, sous une de leurs multiples formes. De leur côté, les robots de services à usage personnel, pour moitié des robots jouets, envahissent les foyers, en particulier au Japon et en Corée du Sud. D’ici 2015, 10 millions de robots aspirateurs auront été vendus ainsi que deux millions de robots destinés à l’enseignement et à la recherche.

Et, si l’on en croit les prévisionnistes, maitriser l’interaction avec les machines va devenir le coeur des emplois épargnés par la vague robotique. Travailler contre ou même à côté des machines ne suffira plus. Nous devrons travailler avec elles, les comprendre et apprendre à leur parler. Mais nous n’allons pas tous nous en plaindre ! L’exosquelette Fortis développé par Lockheed Martin permet aux travailleurs manuels qui en sont équipés de réduite leurs efforts musculaires de 300% et de soulever jusqu’à 20 kilos sans aucun effort. Ainsi harnaché, sa productivité peut être plus de 15 fois supérieure, sans risque de blessures !

Cependant, plutôt que de les tolérer, nous faire aimer ces collaborateurs qui ressembleront de plus en plus à des rivaux ne sera pas facile. Il faudra leur donner un peu de « chair », comme Rachel dans Blade Runner, qui, en plus d’être une Nexus-6 à l’intelligence supérieure, possède une plastique très tentante. Comme le fait remarquer le site Gizmono, la robotique perpétue les stéréotypes liés au sexe et privilégie les voix synthétiques féminines, sensées évoquer une plus grande douceur, condition de l’empathie qu’elles nous réclament comme des Tamagochis affamés.

Par Michel Delapierre

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