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Les 17 et 18 octobre se tenait au Carrousel du Louvre la 3e édition du salon 3D Printshow dédié à l’impression en trois dimensions. Annoncée comme l’une des innovations majeures de ces toutes dernières années, l’impression 3D bouleverse d’ores et déjà le futur de l’industrie et pose au passage quelques questions qui dépassent l’enjeu purement économique de cette technologie.

Dès la fin 2012, avec l’arrivée des imprimantes 3D, les premiers modèles d’armes à télécharger sont apparus. A l’époque, ces armes à feu à fabriquer à la maison tenaient un peu du pistolet à bouchon : peu fiables, d’une portée et d’une solidité aléatoires, elles ne relevaient alors, selon les « spécialistes », que du gadget ou de la science-fiction. Deux ans plus tard, les choses ont bien changé : il est aujourd’hui très facile de télécharger et de construire des armes efficaces et tout à fait mortelles. En 2013, le gouvernement américain tentait de proscrire le partage des fichiers du « Liberator », un des premiers modèles disponibles. Sans succès. Le département de la sécurité intérieure a donc envoyé un mémo aux forces de l’ordre du pays qui stipulait que « limiter l’accès à ce type de fichiers est sans doute impossible. »

Dans la foulée, le Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms déclarait comme illégales l’impression et la construction d’armes à feu domestiques en plastique. Les contrevenants s’exposaient à la rigueur du Undetectable Firearms Act qui proscrit la possession d’armes indétectables par les portiques de sécurité.

Pourtant, aujourd’hui, des dizaines de modèles sont disponibles facilement sur Internet. Par exemple, le modèle Repringer est capable de tirer du calibre .22. Il coûte environ 2,50 euros à imprimer sur une machine grand public, qui elle ne revient qu’à quelques centaines d’euros. Le lobby américain des armes, hostile par principe à toutes limitations, affirme que ces pistolets ne sont pas assez solides pour être utilisées plusieurs fois et qu’ils se brisent très rapidement. Il les qualifie de « blagues ». Et c’est sans doute une partie du problème : considérées comme des jouets, elles pourraient tenter un public jeune et non averti, avant d’atteindre, sans doute très rapidement, un niveau d’efficacité réellement dévastateur.

En effet, les progrès de l’impression 3D sont foudroyants et touchent des secteurs encore insoupçonnables il y a peu. Une société de l’Arizona vient de rendre public son premier véhicule imprimé en 3D. La « strati », composée de 49 pièces, ne roule encore qu’à une vitesse inférieure à 65 km/h et n’existe qu’en cabriolet, mais seuls les pneus, la batterie et les suspensions sont issus de la production classique. Déjà, des prothèses médicales, notamment dentaires, sont créées par impression 3D et le bioprinting devrait à très court terme permettre de fabriquer à la demande des tissus humains. Selon Fabien Guillemot, chercheur à l’Inserm en bio-ingénierie tissulaire, cité par Le Figaro, «  il est ainsi aujourd’hui possible d’imprimer des cellules souches humaines ou d’autres constituants biologiques des tissus avec une résolution micrométrique qui permet de contrôler les processus d’auto-assemblage cellulaire. »

Le projet Sky Kitchen propose de son côté de doter les compagnies aériennes d’imprimantes capables de produire des repas « délicieux » en plein vol. La société Natural Machines propose d’ores et déjà une imprimante à moins de 1000 $ nommée Foodini. Cinq capsules, comparables à des cartouches d’encre, permettent notamment la réalisation de pizza ou de déserts dont les recettes sont téléchargeables. En effet, l’impression 3D pourrait révolutionner également la gastronomie : lors du salon 3D Printshow, des démonstrateurs tentaient de séduire les professionnels de la pâtisserie en proposant des modèles capables de réaliser les tâches les plus répétitives de glaçage ou de décoration. L’avenir serait donc à la relocalisation et aux petites unités de production. Cependant, le concept a aussi ses limites. Les ingénieurs de la filière précisent par exemple que l’impression de vin risque de rester hors de portée…

Par Michel Delapierre

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