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Cocorico ! La France est bien placée dans la course à l’innovation acharnée générée par le développement du Big Data. Dans ce domaine, l’hexagone tiendrait la dragée haute à l’Allemagne et surclasserait largement le Royaume-Uni. Selon le baromètre « Big Data Index », en deux ans, les progrès sont conséquents : les directions IT ayant lancé des projets ou des réflexions autour du Big Data seraient passées de 7% à 43%. La prise de conscience des enjeux majeurs que constituent la collecte et le traitement des données gagne du terrain et constitue désormais un élément stratégique de première importance pour de plus en plus d’entreprises, dans des domaines aussi variés que les transports, la santé ou l’assurance. Même si le récent rapport Lemoine pointe de nombreuses lacunes dans le domaine, il insiste également sur « ce vrai gisement de valeur dont les entreprises doivent se saisir à tout prix » : le secteur pourrait représenter plus 130000 emplois dans le pays d’ici 2020.

Depuis le lancement par le gouvernement du plan Big data en 2013, les aides publiques au développement du secteur se sont multipliées et la commission européenne met également la main à la poche. La signature à Bruxelles, le 13 octobre, du « Big Data Value Public Private Partnership » prévoit notamment un engagement de partenaires privés à hauteur de 500 millions d’euros et un complément équivalent apporté par des financements européens dans le cadre du plan Horizon 2020. Cette enveloppe, destinée à la recherche et au développement, devrait entrainer des investissements supplémentaires dans le secteur, que l’Etat semble avoir clairement intégré comme un axe essentiel de la politique industrielle nationale.

En effet, au-delà des investissements, la France a de sérieux atouts pour se positionner à son avantage : la qualité de la formation de ses ingénieurs informatiques et de ses mathématiciens est reconnue internationalement. HEC, l’Essec ou Polytechnique proposent désormais des formations de très haut niveau dans ce domaine. Selon Nicolas Glady, titulaire de la chaire big data à l’Essec, inaugurée fin 2013 : « notre culture mathématique est très forte et nos écoles d’ingénieurs et de commerce sont parmi les meilleures au monde ».

Cependant, si la France a su générer un terreau favorable au développement du Big Data, pas sûr qu’elle parvienne à conserver ses fleurons sur son sol. A l’exemple de Talend, éditeur d’outils de gestion de données, nombreuses sont les start-up qui cèdent aux sirènes de la Silicon Valley une fois leurs assises consolidées. Car les lois de la « nouvelle économies » sont sans pitié : si le développement des telles sociétés peut être foudroyant et permettre des positions dominantes rapides avec une éradication de la concurrence, elles nécessitent des financements massifs et l’accès à des marchés de très grande taille que la France peut peiner à garantir.

Si les professionnels du secteur déplorent ce « plafond de verre », ils pointent également du doigt l’obsolescence, selon eux, du cadre législatif français. En effet, le système d’autorisations préalables à la collecte de données auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés date de 1978, un temps où les ordinateurs centraux et les bases de data constituaient des curiosités. Mais c’est bien sur le terrain des droits individuels à la protection des données que se jouera l’avenir de l’écosystème du Big Data, une question qui dépasse largement la dimension technologique pour toucher aux libertés fondamentales.

Par Michel Delapierre

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