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Les experts se veulent rassurants. Selon Christophe Naudin, spécialiste des questions de sûreté aérienne et invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, les drones qui survolent ces derniers jours en toute impunité les centrales nucléaires françaises ne présentent aucun risque. L’attaque d’un tel engin n’aurait, selon lui, « pas plus d’effet qu’un moucheron sur un pare-brise. » Libre à chacun de s’inquiéter pourtant de l’embarras du gouvernement qui avoue, par la bouche de Ségolène Royal, n’avoir « aucune piste » pour expliquer l’origine de ces survols.

Si les drones sont bien une innovation majeure de ces dernières années, l’idée d’un aéronef autonome commandé à distance est ancienne. Dès la Première Guerre mondiale, des « torpilles aériennes » télécommandées par télégraphie sans fil et embarquant un gyroscope sont testées sans réussite probante au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les V1 qui martyrisent Londres pendant le blitz ne sont pas guidés à distance, mais simplement programmés pour amorcer leur chute finale. Il faut attendre les guerres de Corée et du Vietnam pour que les premiers drones opérationnels soient déployés par les USA à des fins de renseignement. Ce n’est que durant la guerre Iran-Irak que les drones sont utilisés offensivement : l’Iran déploie alors un premier modèle armé de RPG. Mais, depuis les années 2000, ils sont de tous les conflits, du Kosovo au Tchad en passant par le Pakistan.

Bien sûr, de nombreuses initiatives civiles et commerciales ont suivi le développement des drones : livraison à domicile, prise de vue, contrôle des ouvrages d’art ferroviaires, engins ludiques disponibles pour quelques dizaines d’euros… Ces derniers jours, un étudiant de l’Université technologique de Delft annonçait même la création d’un prototype capable de transporter à une vitesse inégalée des défibrillateurs portables aux victimes de crise cardiaque. Déjà, le marché du drone représentait plus de 5 milliards de dollars en 2013 et l’extension des applications n’en est qu’à ses débuts. Leurs possibilités de contrôle et d’intervention semblent sans limites et rappellent les théories développées en 1975 par Michel Foucault dans Surveiller et Punir : dans un monde où la surveillance est indétectable, l’auto-régulation devient constante. Une sorte de peur du gendarme 2.0.

Car c’est bien dans l’acceptation par l’opinion de ces engins que se jouera leur développement massif. De ce point vue, la partie n’est pas complètement gagnée, même si, d’ores et déjà, les drones « loisirs » ont déjà conquis des dizaines de milliers d’utilisateurs en France, avides de filmer, par exemple, depuis le ciel. Un essor qui suscite un désir d’antidote : le 3 novembre, l’agence de presse Chine Nouvelle annonçait la mise au point d’un laser capable de détruire des drones moins de cinq secondes après leur localisation. En effet, leur innocuité ne semble pas convaincre tous les gouvernements : l’administration américaine, toujours craintive face aux risques terroristes, vient d’interdire tout survol de stades.

Mais la petite graine de la paranoïa a déjà germé : le 26 septembre, Russel Percenti, un habitant du New Jersey, descendait à coups de fusil à pompe un drone qu’il jugeait trop curieux à proximité de sa maison. Son voisin, et propriétaire du drone, a porté plainte, et le tireur a du s’acquitter d’une amende de 250 dollars, mais il a reçu le soutien appuyé des associations pro-armes et des milieux conservateurs pour qui les drones représentent le nouveau symbole de l’Etat inquisiteur.

By Michel Delapierre

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