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Impossible de passer à côté. Depuis plusieurs mois, l’offensive médiatique du mouvement Transhumaniste déferle sur le web. De quoi s’agit-il ? Ce mouvement lancé en 1998 vise à promouvoir activement l’utilisation des sciences et des technologies afin d’augmenter les capacités physiques et mentales de l’être humain. Concrètement, le Transhumanisme prône une chimérisation humain-technologie, visant à transcender nos limites pour aboutir à un nouvel homme, un neo-sapiens quasi immortel[1]. Derrière la fantasmagorie post-moderne de l’homme augmenté se cache une sorte de darwinisme technologique qui flirte avec le concept nietzschéen du surhomme. Les inégalités induites entre ceux qui auront accès à ces améliorations et les autres, ne semblent, pour l’instant, clairement pas au cœur de leurs préoccupations.

Au fil des ans, l’association s’est professionnalisée et s’est sobrement rebaptisée Humanity + (H+). Initialement promue par d’obscurs philosophes, elle bénéficie aujourd’hui d’une figure de proue internationalement reconnue, Ray Kurwzeil, informaticien de génie, futurologue et actuel directeur de l’ingénierie chez Google.

Politiquement proche des libertariens américains – qui prônent la liberté individuelle absolue face à la coercition étatique – l’idéologie du mouvement s’inspire beaucoup de philosophes et économistes ultra-libéraux comme Ayn Rand, Milton Friedman ou Friedrich Von Hayek.

H+ possède désormais sa propre université près de San Francisco, la Singularity University. Elle y enseigne des cursus diplômant dans les NBIC (nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives). Généreusement dotée, elle a ses propres laboratoires et incubateurs d’entreprises. H+ a également développé un réseau international de conférenciers et multiplie les partenariats de prestige avec les groupes privés. L’écosystème californien lui étant très favorable, on ne compte plus les patrons d’entreprises phares comme Google, Amazon, Facebook, Wikipedia, ou Paypal qui la soutiennent.

Le mouvement Transhumaniste est donc un lobby, celui de la Silicon Valley. Ce lobby possède une force de frappe intellectuelle, technologique, financière et politique considérable. On ne peut pas l’ignorer. On aurait tort de le sous-estimer car il a des visées planétaires et s’étoffe au rythme des découvertes scientifiques et technologiques. Il ne les dicte pas, il les accompagne et construit un discours pour les vendre au public.

Mais au-delà du buzz orchestré par les Transhumanistes, de quoi parle-t-on sur le terrain scientifique ?

Nous assistons à la convergence de tous les domaines d’études. La porte s’ouvre sur une panoplie d’innovations de rupture combinant neurosciences, bio, nano et info-technologies. Il s’agit d’une vraie révolution qui a principalement lieu aux Etats-Unis et en Asie.

D’un point de vue de logique analytique et de méga données, le cerveau humain est déjà dépassé. L’augmentation vertigineuse des capacités des microprocesseurs ne va cesser de creuser l’écart et la modélisation du cerveau est déjà en ligne de mire. La recherche fondamentale sur les cellules souches laisse entrevoir l’émergence d’une neuro-ingénierie. Les révolutions algorithmiques donnent naissance à des intelligences artificielles de plus en plus sophistiquées. On parle désormais très sérieusement de modifier le génome pour éliminer des maladies, de fabriquer des morceaux de cerveau à partir de cellules souches, d’implanter des capteurs dans notre organisme pour régénérer des tissus, doper nos sens ou développer nos facultés mentales. On parle aussi de neuro-morphisme avec le développement des ordinateurs quantiques.

Personne ne sait exactement quand ces développements aboutiront mais tout le monde anticipe des progrès significatifs à court terme.

Nous sommes donc dans une phase d’accélération du bricolage du vivant, et que cela plaise ou non, nous entrons dans un nouvel âge, celui de l’hybride homo technicus. La révolution n’est donc pas seulement physique, elle est également philosophique car elle va changer notre façon de voir le monde et notre rapport à l’existence.

Les promoteurs du Transhumanisme l’ont bien compris et s’engouffrent dans la brèche pour nous vendre leurs idées, leurs bouquins, leurs pilules qui allongent la vie et tous leurs produits dérivés. Leur discours se marie aussi parfaitement avec deux autres phénomènes contemporains : le développement d’une nouvelle mystique autour de la physique quantique et l’émergence de gourous new age très médiatiques, comme Eckhart Tolle ou Deepak Choprak pour ne citer que les plus connus.

Le problème est qu’en mélangeant les recherches sur la méditation, les théories de la pleine conscience, les étrangetés du monde quantique et les innovations NBIC, on prend le risque de philosopher sur des bases pseudo-scientifiques très discutables. Ces questions nécessitent d’être abordées avec la plus grande prudence mais la période actuelle est friande de remèdes miracles pour l’esprit et propice au charlatanisme technico-spirituel.

[1] « La Mort de la mort », Laurent Alexandre

5 COMMENTS

  1. […] Evidemment, ces innovations seront aussi mal utilisées et feront l’objet de toute sorte de manipulations politiques, religieuses ou économiques. Ainsi, les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) exercent un contrôle de plus en plus étroit sur l’ensemble des NBIC. Leurs investissements sont massifs et l’on assiste à l’avènement de situations monopolistiques durables dans des domaines cruciaux comme ceux de l’intelligence artificielle et de la génomie. Actualités et analyses sur l'innovation. […]

  2. […] un état contre nature : Tour d’horizon des pensées du transhumanisme (1/2) sur Theoria. Actualités et analyses sur l'innovation. Bienvenue sur Facebook. Connectez-vous, inscrivez-vous ou découvrez ! […]

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