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Vous avez raté l’arrivée des Bitcoins ? Vous venez de manquer le lancement des Ethers. Rappelez-vous : en 2009, un développeur toujours non identifié, caché sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, concevait un « système de paiement » d’un genre nouveau. Bitcoin proposait de tenir à jour un « registre public et infalsifiable » de toutes les transactions conduites dans son unité de compte numérique, chaque unité (les Bitcoins) devenant traçable depuis sa création. Les utilisateurs doivent s’authentifier grâce à une signature cryptographique, mais les comptes eux-mêmes sont anonymes. Cette nouvelle monnaie, libre de fluctuer et qui ne s’adosse ni sur une banque, ni sur un état, va connaitre en quelques années un succès considérable.

En février 2011, un Bitcoin vaut un dollar ; en juin de la même année, le taux de change dépasse les 31 dollars. Puis tout s’emballe : un investissement de 1000 euros en Bitcoins consenti en 2011 représente en décembre 2013 un capital de plus de 200000 euros ! Un Bitcoin s’échange alors contre 860 euros. Un pic annonciateur d’un krach de grande ampleur. Entre 2013 et 2014, la Thaïlande l’interdit sur son territoire, suivi par la Chine et la Russie. En 2014, des voix s’élèvent au Sénat américain pour critiquer les possibilités offertes par les Bitcoins dans le blanchiment.

Le 25 mars dernier, le fisc américain refuse aux Bitcoins le statut de monnaie : la cession de Bitcoins s’apparente à la vente d’un bien, elle est donc soumise à une taxe sur les plus-values. Les cours chutent, mais s’établissent toujours aujourd’hui autour de 300 euros pour un Bitcoin.

Le successeur de Satoshi Nakamoto, disparu des radars en 2010 sans avoir jamais révélé son identité (ni les profits qu’il a pu tirer de sa monnaie virtuelle) se nomme Vitalik Buterin. Il a vingt ans, il est américain et vient de créer les Ethers, une nouvelle monnaie qui risque d’affoler les compteurs. En juillet 2014, il commence à vendre ses Ethers en souscription. En six semaines, il récolte plus de 18 millions de dollars, avant de clôturer cette pré-vente. Son système, « géré et enregistré de façon automatique, fiable et transparente » permet une décentralisation complète et impartiale gravée dans les algorithmes, est sensé appliquer le principe de « contrat intelligent » entre les tenants d’une transaction. L’évolution de la masse monétaire représentée par les Ethers est elle-même prévue à l’avance : 15 millions de nouveaux Ethers seront émis chaque années. Ensuite, leur cours est laissé entièrement libre : il ne repose ni sur la crédibilité d’un Etat, ni sur une politique monétaire. L’offre et la demande comme seule règle. Et un défi pour la « science » économique.

A quelle création de valeur correspond l’émission d’Ethers en l’absence d’Etats dans le processus, qui garantirait la valeur de la monnaie en cas de chute ou d’avaries techniques ? Ce système absolument décentralisé et ouvert représente-t-il l’arrivée dans le réel du vieil axiome libéral d’une information pure et parfaite, toujours resté à l’état de chimère conceptuelle ? Vitalik Buterin voit plus loin : si il est possible de créer de la monnaie sans référence à un état ou à une structure existante, ses algorithmes ouverts, qui proposent une information exhaustive, et leur capacité à faire appliquer des règles automatiquement, pourraient trouver de multiples applications à l’avenir, par exemple la mise en place et le contrôle de votes électroniques ou des systèmes de gouvernance parfaitement autonomes.

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