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Émergeant d’une économie neurasthénique, c’est la belle histoire de ces dernières années. Le crowdfunding ou financement participatif, qui permet à la foule des internautes de contribuer au développement de divers projets sociaux, culturels ou économiques a le vent en poupe ; cette idée innovante est sensée annoncer la victoire du grand nombre sur les banques, de la créativité sur des institutions frileuses, du peuple sur le système. Le principe date cependant un peu : dès 2007, My Major Company produisait de la musique hors des majors. Depuis, les plateformes ont fleuri dans le sillage du leader, Kickstarter. En France et en Europe, Ulule ou bien encore Touscoprod, ont connu un développement météoritique. En 2013, ce mode de financement a connu une progression de 160% et, par exemple, KissKissBankBank revendique à ce jour plus de 20 millions d’euros de collecte depuis sa création en 2010 et près de 5000 projets financés. Contre un don de 5 euros ou beaucoup plus, en échange d’une contrepartie symbolique – du simple remerciement à « plusieurs jours sur le tournage avec l’équipe du film » -, la foule se mobiliserait donc pour donner jour à des projets qui sans elle seraient restés dans les cartons.

Quelques très beaux succès ont d’ailleurs émergé grâce au crowdfunding : en mars, Facebook annonçait le rachat d’Oculus Rift (un casque permettant de s’immerger dans la réalité virtuelle) pour 2 milliards de dollars. À l’origine du projet, près de 9500 participants avaient réuni quelque 2,4 millions de dollars sur Kickstarter, sans en attendre de contrepartie financière. Le rachat par le réseau social tentaculaire avait pourtant fait grincer quelques dents parmi eux… Leur bonne volonté aurait-elle été flouée ? Ce type de déception explique peut-être les prévisions peu optimistes que connait désormais Kickstarter. Si, entre 2009 et 2013, la croissance ne s’est pas démentie et a généré près de 60 millions de dollars, 2014 devrait marquer un retournement : seuls 20% des projets proposés cette année sont parvenus à se financer.

Si le revirement ne semble pas encore avoir atteint la France, le secteur et le législateur tentent désormais d’en assurer l’avenir et de permettre ainsi le financement de « l’économie réelle ». En février, Fleur Pellerin, alors Ministre des PME, annonçait une série de mesures en ce sens. Désormais, les sites de collecte de dons peuvent se ranger sous l’appellation d’intermédiaires en financement participatif (IFP) alors que le financement participatif en action (equity crowdfunding) revient aux conseillers en financement participatif (CIP). Ils doivent notamment « s’enquérir auprès de leurs clients de leur expérience en matière d’investissement » et s’assurer que « les informations fournies dans le cadre de l’offre seront sincères ». Dès lors, une société pourra être autorisée à lever jusqu’à un million d’euros tandis que les prêts des particuliers ne pourront excéder 1000 euros par projet. Enfin, ce nouveau statut imposera aux plateformes « une transparence sur les frais et la rémunération et une information équilibrée et non biaisée ».

Une volonté de régulation qui relativise les bases « altruistes » du système et devrait l’amener dans un monde où le profit issu de l’investissement reprend ses droits. Car, aujourd’hui, de nombreux créateurs portent eux aussi les doutes que connaissent certains donateurs. Selon Laurence*, créatrice de documentaire passée par l’expérience KissKissBankBank : « Certains projets parviennent à se financer, mais ne voient jamais le jour une fois les fonds empochés, ou alors avec un résultat très médiocre, ce qui relativise l’idée du « tous créateurs »… Et puis se sont surtout des proches qui donnent. Comme on ne touche rien si on ne parvient pas à récolter l’intégralité de la somme demandée dans le délai imparti, quand le compte rebours touche à sa fin, la tentation est forte de compléter de sa poche ce qui manque… Ce qui n’empêche pas la plateforme de récolter sa dîme, soit 8% des dons… »

* Prénom modifié

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