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Si l’on en croit le cabinet Gartner, spécialiste mondial des technologies de l’information, plus de vingt-six milliards d’objets devraient être interconnectés d’ici 2020, gagnant la possibilité de communiquer entre eux sans intervention humaine. A la différence de l’Internet « classique », qui requiert et facilite la communication entre êtres humains, cette innovation majeure devrait permettre, par exemple, à votre réveil et à votre machine à café de s’entendre pour gérer au mieux votre petit déjeuner, sans que vous n’ayez à leur donner d’instructions particulières. Cependant, l’internet des objets devrait utiliser les mêmes réseaux que l’Internet actuel ou des connexions directes entre eux de type peer-to-peer, sans passer par le Web.

Un des enjeux de cette révolution reste la question d’un système universel de communication entre les objets ou la domination, à terme, d’un protocole existant qui standardiserait les communications entre objets. Un sujet que nous avons déjà abordé au travers de la solution proposée par la société IFTTT. À la création de l’Internet, des protocoles standards ont pu émerger, par exemple le TCP/IP. Mais la situation est loin d’être la même aujourd’hui. De puissances sociétés occupent le terrain, et il y a peu de chance qu’elles s’accordent pacifiquement pour établir un système de communication unifié, cédant ainsi sans combattre la possibilité d’imposer leur propre système de communication entre objets. C’est ce que l’ancien dirigeant d’Apple Jean-Louis Gassée nomme le problème du « panier de télécommandes » : même dans un domaine aussi ancien et généralisé que les télécommandes pour téléviseurs, lecteurs blu-ray, etc la standardisation n’a jamais été complètement effective. Et, selon Gassée, l’Internet des objets ne deviendra jamais une réalité si des standards universels de communication ne voient pas le jour.

Une des initiatives les plus prometteuses en ce sens est le fruit du travail de Stephen Wolfram et de sa société Wolfram-Alpha qui ont lancé depuis peu un projet dans ce sens. Sa solution devrait permettre de collecter les informations émises par les objets, de les uploader dans le « wolfram cloud » avant de les convertir dans un langage universel. Le projet « wireless registry » commercialise d’ores et déjà sa solution : l’inscription initiale est gratuite puis s’élève à 4,99 $ par an et par objet. Un tarif à rapprocher des 26 milliards d’objets connectés à l’horizon 2020 ! Peu de chances que les grandes compagnies numériques lancées dans une lutte constante pour la domination de leurs technologies laissent passer une telle manne sans combattre pour imposer leurs vues et abandonner ce business aux mains d’une start-up, aussi brillante soit-elle…

Le risque est donc réel que l’Internet des objets ne ressemble à un Far West composé d’un grand nombre de standards différents et incompatibles. Google tentera de généraliser ses vues, tandis qu’Apple les rejettera… Cette lutte pourrait s’étendre au-delà d’une compétition entre entreprises. La domination américaine dans ce domaine ne sera pas acceptée sans heurts, la Chine, l’Europe ne céderont sans doute pas facilement le pouvoir immense de contrôler les objets… Le panier de télécommandes pourrait alors se transformer en un gigantesque panier de crabes, et remettre durablement en question l’idée même d’Internet des objets.

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