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Il y a quelque chose de fascinant avec Apple, à savoir cette capacité à associer les appareils de la marque et les systèmes d’exploitation maison pour proposer de nouveaux usages, ou faciliter leur adoption par ses clients. La keynote du début du mois l’a encore démontré, particulièrement avec l’annonce de la Watch, mais surtout avec Apple Pay.

Apple ou la maîtrise du temps

Cela fait 3 ans que Steve Job a quitté ce monde, emporté par la maladie. A sa mort beaucoup prédisait que sa société lui survivrait difficilement car elle avait perdu celui qui orchestrait l’innovation au sein d’Apple. D’autant qu’à cette époque l’avance prise par le géant de Cupertino avec le lancement de son système d’exploitation mobile, iOS, et de ses supports, l’iPhone et l’iPad, fondait à vue d’oeil avec la montée en puissance de Google et de son système Android, et des téléphones portables et tablettes numériques de Samsung, LG et autres. Et les rumeurs qui précédaient la keynote du 9 septembre dernier soulevait des interrogations, voire des doutes. On annoncait un iPhone avec un écran plus large. Mais Samsung qui a lancé ce segment des phablets, mélange de téléphone portable et de tablette, a pris une assez large avance. On parlait d’une montre connectée. Mais le segment est déjà exploré depuis près de deux ans par Samsung, encore, rejoint par une cohorte de sociétés. Et pourtant Apple a répondu sur ces deux terrains, et est même en passe de reprendre l’avantage en mélangeant innovation, communication efficace et sens du timing. Sur ce dernier point d’ailleurs c’est certainement l’une des forces de la marque à la pomme : ne jamais se laisser dicter son calendrier par la concurrence quitte à se faire momentanément distancer. Son autre force c’est sa capacité à « sortir de la boîte » pour imaginer d’autres solutions. En terme de design c’est par exemple le fait de lancer une unité centrale cylindrique (le Mac Pro) pour optimiser gestion de l’espace et refroidissement des processeurs. Au niveau de la Watch, la montre connectée d’Apple, Apple réussit à contourner la faiblesse principale de ces appareils : leur autonomie. En couplant cette montre à un iPhone, Apple prend certes le risque de restreindre le marché, mais permet de faire tourner la plupart des applications sur le smartphone et d’utiliser la montre comme un écran déporté, économisant ainsi la batterie de la Watch.

Apple, futur géant du paiement numérique ?

Mais pour Tendances.info, l’innovation majeure de cette keynote reste l’Apple Pay, le système de paiement numérique. Majeure car le paiement numérique est sans contexte un des enjeux clés des prochaines années qui va entraîner des changements, voire des transferts de pouvoir, au sein du monde financier. En ajoutant des données sur l’acte d’achat au simple flux financier, les opérateurs de cette activité, souvent des acteurs non-bancaires à l’origine, accroissent considérablement la valeur ajoutée du transfert d’argent. Apple, comme d’autres sociétés, se prépare depuis longtemps à entrer dans ce secteur, comme nous l’avions expliqué dans un article sur le système iBeacon. Mais même si une annonce dans ce domaine était attendue lors de la keynote, Apple a une nouvelle fois fait la preuve de sa capacité à réussir là où d’autres, comme Google, ont éprouvé des difficultés. Disponible aux Etats-Unis sur la nouvelle génération d’iPhone, Apple Pay est pour l’instant un système de paiement sans contact, basé sur la technologie Near Field Communication (NFC). Cette fonction nécessite que le terminal de paiement utilisé par le commerçant supporte la technologie. Mais en imposant l’utilisation de terminaux permettant la lecture de la puce des cartes de crédit d’ici à la fin 2015, Visa et Mastercard ouvrent le marché à Apple Pay car ces terminaux dernière génération supportent la technologie NFC. Et si Apple Pay se trouve en concurrence avec les cartes de crédit qui peuvent servir au paiement sans contact, la solution Apple offre une garantie supplémentaire : la sécurité. Il suffit que votre carte soit volée pour que n’importe qui puisse payer sans contact avec. Certes les sommes sont plafonnées en montant (20 euros par jour chez le même commerçant) et en nombre (pas plus de 100 euros maximum de transactions par jour). Malgré cela on peut estimer que les litiges seront nombreux. Avec Apple Pay, le client utilisera son empreinte digitale pour valider le paiement, ce qui devrait limiter le risque de vol ou de fraude. Plutôt que d’affronter Apple sur ce domaine, Visa et Mastercard ont préféré passer des accords avec la société. Autre condition nécessaire à la réussite d’Apple Pay, l’acceptation de cette carte par les commerçants. En négociant avec des réseaux quotidiennement fréquentés par un grand nombre d’Américains, comme Starbucks ou Mc Donalds, Apple Pay maximise les chances que sa solution soit largement utilisée dès son lancement. Cela assurera une rémunération d’Apple, qui prélèvera, comme Visa ou Mastercard, un pourcentage sur les transactions, et cela incitera d’autres réseaux à rejoindre Apple Pay. La solution devrait rapidement se déployer dans d’autres pays. Même si l’iPhone 6 n’est pas encore lancé en Chine, Apple a négocié avec China UnionPay, une banque chinoise, pour préparer son arrivée dans l’Empire du Milieu. Mais la meilleure preuve de la menace que représente Apple Pay pour des acteurs du secteur est la réaction de PayPal. Si quelques jours après la keynote, Paypal s’est moqué d’Apple dans une page de publicité du New York Times, la filiale d’Ebay serait sur le point de conclure une alliance avec Samsung dans le paiement numérique. Ce domaine n’a pas fini de nous faire parler.

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