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La montée en puissance d’une véritable économie autour de l’exploitation des données personnelles que l’on crée dans l’univers numérique génère un réel débat autour de la vie privée, mais aussi de la rémunération des individus à l’origine de ces données. Mais le débat pourrait dépasser ces questions pour en fait porter sur le contrôle de nos données.

Dans un post récent sur son blog, Hugues Rey, le patron d’Havas Média en Belgique, reprenait une tribune parue récemment dans CB News sous la plume d’Yves del Frate, le responsable d’Havas Media France. Développant des idées sur l’avenir des médias, il y mentionne la question de la monétisation des données. Ce thème a été évoqué dans un article récent de Tendances.info sur la question d’IFTTT. Pour bien des acteurs de l’Internet la vente des données générées par leurs utilisateurs va constituer le coeur de leur modèle économique. Si cette problématique se comprend du point de vue d’acteurs économiques dont l’objectif est d’augmenter leur profit pour croître, le sujet a quelques implications du côté des utilisateurs. Car ces données qu’ils commercialisent, de manière brute ou après les avoir traitées, sont crées par nos comportements, nos actions. Elles renseignent, avec plus ou moins de précision, sur nos vies. Bien souvent nous n’avons même pas conscience de ce qui peut être déduit de ces données car nous ne pensons pas au fait que des sociétés agrègent toutes ces informations pour connaître nos préférences, prévoir nos réactions à des incitations à l’achat … C’est pourtant le quotidien de sociétés comme Acxiom ou Palantir Technologies. Si vous pensez échapper au Big Data en ne créant pas de profil sur Facebook ou autre réseau social, votre portable, les puces RFID implantées dans votre carte de transport en communs, votre carte de crédit … viennent abonder les bases de données qui scrutent nos vies. Et nous ne sommes pas loin d’un temps, les technologies existent déjà, ou d’autres généreront des données sur nous, sans notre accord. Imaginez en effet une application de reconnaissance faciale installée sur des Google Glass. Un passant qui en serait équipé, verrait s’afficher votre nom lorsqu’il vous croiserait. Et sur les bases de Google ou du fournisseur de l’application, le fait que tel jour à tel heure vous vous trouviez à tel endroit serait renseigné, sans que vous ayez même pris une part active à la création de ces données. Certains ont donc choisi de lutter contre cette dérive. Un étudiant autrichien, Max Schrems, a réuni récemment 25 000 co-plaignants pour attaquer en justice Facebook et l’exploitation des données personnelles faite par cette société. Le jeune juriste raconte dans la presse comment il a été choqué, après avoir contacté Facebook pour obtenir une copie des données numériques le concernant sur Facebook, de recevoir un document de plus de 1200 pages, contenant même des données qu’il avait pourtant supprimé. En mars dernier, John C. Havens, un auteur et consultant travaillant sur l’utilisation d’objets connectés pour mesurer le bonheur national brut, abordait ce sujet dans un article dans Slate intitulé « The Price of Haggling for your Personal Data ». Pour lui il faut dépasser en fait la simple question de la vie privée et de la monétisation de nos données pour arracher le contrôle de nos données à ces intermédiaires qui les agrègent et les revendent. Mais la question n’est pas simple, car comme le souligne un rapport du Government Accountability Office (l’équivalent américain de la Cour des Comptes en France) paru en septembre 2013, « les consommateurs ont peu de contrôle sur la manière dont leurs informations sont collectées, utilisées et partagées à des fins de marketing ».

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