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L’un des défis de la multiplication des applications, notamment liés aux objets connectés, est de les faire converger. C’est l’objectif de l’application IFTTT qui facilite la programmation de tâches entre applications. Une innovation réelle, qui tente de se faire une place au soleil alors que plusieurs sociétés s’affrontent pour imposer leur langage dans l’Internet des objets. Mais le cas IFTTT amène à se poser d’autres questions.

Lancé en septembre 2011, le service IFTTT permet de créer des automatismes, appelés recettes, entre des applications, sans avoir à apprendre les différents langages de programmation. L’acronyme IFTTT décrit en fait le processus d’écriture de ces recettes : IF This Than That (si ceci alors cela). Si une action, appelée un trigger ou déclencheur, se produit alors cette action doit avoir lieu. Par exemple vous pouvez décider grâce à IFTTT que lorsque vous prenez une photo grâce à Instagram (le déclencheur), cette photo soit publiée automatiquement sur votre page Facebook. Mais l’application multiplie les partenariats avec des fabricants d’objets connectés, comme par exemple Belkin. Ainsi vous pouvez créer une recette avec la WeMo, la prise connectée de Belkin et décider que lorsque vous êtes à 500 mètres de votre maison (grâce à la fonction géolocalisation de votre téléphone portable) WeMo met en route l’éclairage de l’entrée de votre maison. La grande force d’IFTTT réside dans la simplicité de programmation, grâce à des règles prédéfinies, qui permet de s’affranchir de l’apprentissage de différents langage de programmation. Plus encore IFTTT permet de faire communiquer des applications programmées dans des langages différents. Et c’est là un atout non négligeable dans le contexte actuel.

Guerre des standards dans l’Internet des objets

Car à l’heure actuelle il n’existe aucun langage standard assurant l’interopérabilité entre les différents objets et applications développées. Des initiatives existent pour proposer une solution unique, mais elles se heurtent à des intérêts divergents entre acteurs, engagés dans un secteur qui s’annonce prometteur. Par exemple, Samsung et Google (par le biais de sa filiale Nest) se sont rassemblés pour développer un nouveau protocole de communication baptisé Thread. Leur projet vient concurrencer un protocole similaire sur lequel travaille Apple. AT&T, Cisco, General Electric, IBM et Intel se sont regroupés en mars dernier au sein de l’Industrial Internet Consortium pour travailler sur des standards permettant de faire communiquer capteurs et objets connectés aux systèmes informatiques traditionnels. Dans le même temps Intel a réuni quelques acteurs (dont Samsung) au sein de l’Open Interconnect Consortium afin de plancher sur une solution de communication en open source pour les objets connectés par liaison radio. Un projet qui concurrence en partie l’initiative AllSeen Alliance de Qualcomm, qui rassemble par exemple Cisco, D-Link, LG, Panasonic et depuis peu Microsoft. Il semble donc peu probable que l’on aboutisse à une solution unique de communication dans un horizon proche. Aussi les initiatives comme celle d’IFTTT constituent une réelle alternative pour les utilisateurs, le travail de mise en relation entre des applications aux langages différents étant réalisé par les équipes de la start-up californienne. D’autres initiatives devraient suivre, et l’on peut supposer qu’Evernote, dont nous avions parlé dans un précédent article, vise un peu le même objectif en utilisant son logiciel pour exploiter les données qu’il collecte, sans intervention de l’utilisateur. Mais si le service apporté par IFTTT est légitime, en l’absence de langage standard entre applications, capteurs et systèmes d’exploitation, il soulève d’autres questions.

IFTTT et le revers de la médaille du Big Data

Les problèmes en questions ne sont pas propres à IFTTT, en fait on peut les appliquer à toutes les solutions qui visent à collecter, exploiter et stocker des informations numériques. La première que l’on peut citer est celle de la sécurité. Le déploiement d’objets connectés dans notre environnement constitue autant de points d’entrée supplémentaires pour des personnes mal intentionnées qui chercheraient à pénétrer nos systèmes informatiques. De plus, avec IFTTT, pour que les recettes fonctionnent il faut autoriser l’application à utiliser, et donc détenir, nos accès aux services que l’on veut mettre en relation (Instagram, Facebook, Twitter, …). Malgré tous les efforts déployés par IFTTT pour protéger ses serveurs, on peut imaginer les dégâts que représenterait un piratage informatique de leurs systèmes. Sans aller jusqu’au piratage, le fait de donner l’accès à nos comptes sur différents services revient à donner accès à des tiers à des pans entiers de notre vie privée. Certes c’est déjà ce que l’on fait en ouvrant un compte sur Facebook par exemple. Mais un service comme IFTTT rajoute une dimension, celle d’autoriser un opérateur unique à rassembler tous les comptes sur lesquels sont éclatés nos vies. Rien ne permet de penser que les fondateurs de cette société aient le projet de contrôler nos vies façon Minority Report. L’enjeu le plus immédiat de cette capacité à mieux connaître nos comportements par l’analyse des données provenant de l’utilisation de nos objets et applications numériques est celui de la valorisation de ces données. Proposé pour l’instant gratuitement, IFTTT se trouvera confronté tôt ou tard à la question de la génération de revenus pour pérenniser son entreprise. Et la vente des informations des utilisateurs représente certainement une piste intéressante pour ce faire. Intéressante car elle permettrait de maintenir la gratuité du service pour les utilisateurs, et que ces derniers ne verraient pas directement le lien entre les données qu’ils créent et leur utilisation par des sociétés tierces à des fins marketing. Pour l’instant la politique de confidentialité d’IFTTT semblent exclure ce cas de figure. Mais pour combien de temps. Enfin, dernier enjeu soulevé par les services de ce type : la question de l’énergie nécessaire pour alimenter tous les serveurs nécessaires au stockage et à l’analyse de ces données. Dans une série d’articles récents, le site d’information Mediapart s’est saisi de cette question. Et il est vrai que les chiffres donnent le vertige. A l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, on estime que la consommation d’énergie nécessaire pour faire tourner les infrastructures de l’Internet en 2030 pourrait représenter l’équivalent de la consommation énergétique mondiale de 2008 … Du coup se pose la question d’une utilisation responsable du web et de ses services, en clair faire la part entre l’utile et le futile. Ce débat ne concerne bien entendu pas seulement IFTTT. Mais utiliser ce service, réellement innovant, devrait conduire à s’interroger sur ces différents paramètres : sécurité des informations, abandon de propriété d’une partie des informations que l’on génère, impact environnemental de l’infrastructure nécessaire.

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