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Parfois les innovations ne sont pas des objets technologiques sophistiqués, bourrés de fonctions. Mais elles sont pourtant des modèles de créativité, tout en ayant une réelle utilité. C’est le cas du Foldscope, développé par Manu Prakash et deux de ses étudiants, à l’Université de Stanford, une invention qui illustre bien le concept de Jugaad innovation ou innovation frugale.

Comme l’a rappelé Manu Prakash, un professeur assistant de l’université de Standford, lors d’une conférence TED à Edinburgh en 2012, le microscope a été inventé au XVIIIème siècle (en améliorant des systèmes antérieurs), et sa découverte, en permettant d’explorer l’infiniment petit, a permis à la médecine, notamment, de progresser. Mais si le microscope lui-même a évolué, il reste un équipement coûteux et fragile à manipuler. Sur ce constat, Manu Prakash a développé un microscope, le Foldscope, qui se fabrique à partir d’une feuille de papier pré-découpée. En plus des différents éléments à détacher, la feuille comporte une lentille et une ampoule led qui fournit la source de lumière. Il ne reste alors qu’à monter le microscope en respectant un code couleur (qui évite l’impression d’une notice en plusieurs langues) et à alimenter la LED avec une pile bouton et le tour est joué. Les échantillons à examiner doivent être déposés sur une lame de verre, comme pour un microscope optique traditionnel. Et malgré son aspect rudimentaire le Foldscope permet de déplacer la lentille pour balayer l’échantillon, et de faire des mises au point par flexion du papier. Sans équipement supplémentaire le résultat peut même être projeté sur un mur, à condition que la salle soit dans l’obscurité. Et les performances ne sont pas négligeables avec une possibilité de grossir jusqu’à 2000 fois pour un appareil dont le prix de revient est inférieur à 1 euros …
C’est là tout l’intérêt du Foldscope. Personnalisable à l’aide de filtres de couleurs, il permet de développer des appareils de diagnostic qui permettent, pour un prix ridicule, d’obtenir des résultats plus rapidement. On peut imaginer qu’une équipe médicale dans un village reculé d’Afrique ou d’Inde, puisse effectuer en temps réel des dépistages du paludisme, alors qu’il faudrait des jours voire des semaines, pour obtenir les résultats en envoyant les prélèvements dans un laboratoire. L’épidémie de fièvre Ebola (voir l’article publié ici la semaine dernière) qui frappe l’Afrique de l’Ouest pourrait être un terrain d’utilisation de cette invention. Le Foldscope présente également un intérêt évident pour l’enseignement des disciplines scientifiques dans les écoles de pays émergents ou en voie de développement. Ce potentiel n’a pas échappé à la Fondation Bill et Mélinda Gates qui avait accordé fin 2012 une bourse de 100.000 $ à Manu Prakash pour tester sur le terrain son invention. Le test a été concluant puisqu’il passe la vitesse supérieure en proposant à 10 000 personnes d’utiliser le Foldscope gratuitement. Et dans son appel à participer Manu Prakash s’est dit ouvert à des usages innovants du microscope-origami. Le processus de sélection est en cours mais nul doute que le Foldscope n’a pas fini de faire parler.

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