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L’épidémie liée au virus Ebola qui frappe actuellement l’Afrique de l’Ouest, la plus meurtrière depuis la découverte de ce virus en 1976, vient nous rappeler que si la médecine progresse, la menace liée à l’infiniment petit n’a pas disparue. D’une part parce qu’avec la multiplication des échanges, et surtout la rapidité des déplacements, des virus qui étaient cantonnés à certaines zones géographiques et qui pouvaient frapper, mais de manière très locale, ont la possibilité d’être disséminés dans des proportions considérables. Le cas de la dengue est un bon exemple. Cette maladie tropicale a pour vecteur le moustique tigre. En 1985, des pneus importés d’Asie et infestés de moustiques tigres ont fait entrer cet insecte au Texas, à Houston. Il s’y est très vite acclimaté, descendant même en Floride, au climat encore plus favorable. Depuis lors des cas de dengue sont recensés régulièrement aux Etats-Unis, même si leur nombre reste faible. Et depuis cette année, le moustique tigre a élu domicile en France.
Un autre facteur qui explique que la menace virale n’est pas proche de l’extinction est la capacité des virus à évoluer. Plusieurs épidémies récentes autour des coronavirus a montré leur capacité à franchir la barrière des espèces. Habituellement rencontré chez les animaux plusieurs d’entre eux ont en effet évoluer pour s’adapter à l’organisme humain. C’est le cas du syndrome respiratoire du Moyent-Orient (MERS), dont le virus qui en est responsable infecte traditionnellement le dromadaire. Il faut dire que notre regard sur les virus change. Si de nombreux chercheurs continuent à voir les virus comme des entités non vivantes, car incapables de réaliser les fonctions de reproduction ou de nutrition (d’où la nécessité pour les virus de parasiter une cellule dont ils détourneront à leur profit les fonctions). Mais des découvertes récentes changent notre regard sur ces entités biologiques. Une équipe de chercheurs français a ainsi étudié une nouvelle famille de virus, baptisés pandoravirus. Leur particularité, c’est que ce sont des virus géants contenant autour de 2000 gènes contre 10 seulement pour le virus de la grippe. Leur complexité les rapproche des cellules vivantes et leur étude pourrait peu à peu changer notre regard sur les virus. Plus complexes, ces virus pourraient avoir des capacités de mutation plus importantes, et, pour certains, conduire à l’apparition de nouvelles maladies. Car si l’homme a conquis la Terre, parfois en éliminant d’autres espèces du règne animal, ou en les menaçant d’extinction, l’infiniment petit, le monde des virus et bactéries, est aussi partie prenante dans ce combat. C’était en tout cas la vision de Joshua Lederberg, un microbiologiste et généticien qui recut le prix Nobel de médecine en 1958. Il avait ainsi déclaré : « nous vivons en compétition avec les bactéries et les virus pour la domination de la Terre, et rien n’indique que nous en serons les survivants ».

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