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Dans quelques jours, le 6 août, sortira dans les salles de cinéma la dernière superproduction de Luc Besson, Lucy. Ce film d’action met en scène une jeune femme, incarnée par Scarlet Johansson, qui sert de « mule » à des trafiquants de drogue chinois. Jusqu’au jour ou l’une des drogues expérimentales qu’elle transporte dans son organisme s’y répand. Le produit va la transformer peu à peu et augmenter considérablement les performances de son cerveau, lui permettant d’acquérir une mémoire phénoménale, mais également d’améliorer ses perceptions sensorielles, de développer des facultés paranormales… En fait Luc Besson ressuscite dans ce film l’idée souvent véhiculée que nous n’utilisons que 10 % des capacités de notre cerveau. Une thèse séduisante, mais hélas fausse.

Il est difficile de savoir précisément comment est apparue cette idée. Dans un article publié sur le site Internet de Wired, Christian Jarrett, un ancien chercheur en neurosciences devenu journaliste et auteur scientifique, démonte ce mythe de l’utilisation incomplète de notre cerveau. Il propose deux explications à l’apparition de cette idée. La première, et selon lui la plus populaire, viendrait de la préface d’un livre de Dale Carnegie, le pionnier américain du développement personnel, publié en 1936, How to Win Friends and Influence People. Dans ce texte introductif, son auteur, le journaliste Lowell Thomas, cite, en déformant son propos, le psychologue américain William James. Quand ce dernier parlait « d’une énergie mentale latente », Thomas lui fait dire qu’une personne moyenne « n’utilise que 10 % de ses facultés mentales latentes ». Et le succès du livre popularisera cette idée. La seconde sera dérivée de l’observation dans les années 30 par le neurochirurgien Wilder Penfield d’un cortex silencieux, une zone de notre cerveau pour laquelle il observait qu’elle n’avait pas de fonctions quand il la stimulait électriquement. Cette observation a été démentie de nos jours et l’on sait désormais que ce cortex silencieux rempli bien des fonctions, et notamment celle qui fondent l’humain et le différencie de l’animal : le jugement moral, le comportement social, les pensées, la conscience de soi …
Cette idée d’une sous-exploitation de nos capacités intellectuelles et mentales fera florès dans les milieux du développement personnel qui sur cette base feront miroiter des possibilités d’accroitre notre potentiel à grands renforts de livres, conférences, séminaires …
Mais les progrès des neurosciences et de l’imagerie médicale viennent malheureusement contredire cette idée. Comme le rappelle Christian Jarrett, les scanners modernes ont permis de constater que toutes les zones de notre cerveau étaient stimulées, pas nécessairement simultanément, même pendant notre sommeil. Il explique également que lors de la perte d’un membre, la zone du cerveau qui lui était associée est « recrutée » par les zones périphériques pour accomplir des fonctions de ces zones. Ce dernier élément montre bien qu’il n’existe pas de ressources inutilisées. Mais si cette idée que nous n’utiliserions qu’une faible proportion de notre cerveau est invalidée par la science, il n’en reste pas moins un intérêt à cette affirmation : celle de nous pousser à apprendre, à faire travailler notre cerveau pour le développer.
Et pour ce qui est du film de Luc Besson, comme des oeuvres qui ont emprunté à ce mythe avant, il est avant tout une fiction destinée à nous divertir, et finalement à nous aider à reposer un peu notre cerveau … Et cela aussi c’est important.

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