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Alors que les sorties d’objets connectés se multiplient, la société Evernote cherche à positionner son application éponyme comme l’une des principales fournisseurs de « contenus » à ces appareils. Une équipe de 8 ingénieurs et designers de la start-up de Redwood City travaille ainsi à rendre plus intelligente la gestion des données stockées sur son application. Une tâche supervisée par Zeesha Currimbhoy nommée vice-présidente « intelligence augmentée (IA) » en janvier 2014, en remplacement de Mark Ayzenshtat parti fonder la société de marketing prédictif Tellapart.
Evernote dispose certes d’un avantage. Son application permet de stocker des données de toutes formes, en y associant des dates, des tags, des lieux, des personnes … Une première application d’Evernote, Evernote for Android Wear, permet de faire communiquer les données stockées sur des appareils mobiles avec des montres connectées. Et si l’utilisateur a pris des notes lors d’une réunion dans le passé, l’application les renvoie sur la montre lors de la rencontre suivante consacrée au même sujet. Si cette sortie positionne Evernote dans le secteur, elle permet surtout à Zeesha Currimbhoy de roder ses solutions. Car, si l’enjeu des objets connectés tourne essentiellement autour des applications qu’ils contiennent afin de dépasser le simple gadget à durée de vie limitée, les problèmes affrontés par Evernote sont nombreux mais le plus important est bien sûr de nature technique. Car chaque note conservée dans Evernote peut donner lieu à une interaction en les associant aux données du carnet d’adresse, de l’agenda, de la géolocalisation … Et face à toutes ses possibilités il semble illusoire de penser trouver un algorithme unique pour gérer les interactions avec les données. Dans une interview publiée sur le blog Lighthouse Insights en mai dernier, Zeesha Currimbhoy expliquait que l’une des fonctionnalités sur laquelle travaillait son équipe consistait à relier les données stockées par Evernote avec les recherches effectuées par l’utilisateur sur Internet. Ainsi, si l’utilisateur recherche une recette d’un plat végétarien indien, le paneer tikka, cet Evernote « intelligent » cherchera dans ses données si une telle recette n’y figure pas. Mais cela suppose que l’application soit capable d’interpréter les termes de la recherche sur Internet, et ensuite de discriminer dans sa base de données ce qui est une recette de paneer tikka. Et pour cela les développeurs sont confrontés à une autre difficulté, inhérente aux solutions utilisant des données non structurées, c’est que les utilisateurs peuvent avoir modifié ou créé des données de façon bien différentes entre eux. Pour en revenir à la recette de paneer tikka, deux personnes ne noteront pas forcément de la même façon une donnée que l’application doit pourtant retrouver. Et dans ce débat sur l’efficacité et les performances d’Evernote IA se trouve poser la question de la légitimité des objets connectés : leur côté push (le fait de faire parvenir à l’utilisateur des données qu’il n’avait pas sollicité) ne sera accepté que si les éléments présentés sont pertinents.
Car, même en rendant des services et en ajoutant de l’intelligence à des systèmes qui jusqu’à présent ne faisaient que stocker et gérer des données, ces applications deviennent intrusives. On retrouve le débat lié au web sémantique et à Big Data : l’exploitation des nombreuses données que nous générons permet de mieux nous cibler, voire de prédire des comportements (ou de les influencer). Comme l’avait souligné un article publié par la revue Influencia dans son numéro 2 consacré au Big Data, l’un des 5 défis est de permettre à l’humain de se réapproprier ces données, et non d’en faire des outils dont la seule fin est de monétiser des comportements en valorisant la connaissance des utilisateurs acquise par ces applications. Remettre l’humain au centre, à un moment où le progrès « humanise » les fonctions des objets de notre quotidien, est certainement l’un des enjeux les plus importants lié à l’émergence de ces technologies. Mais peut-être pas le plus rémunérateur …

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